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Un planning de chantier se construit en six étapes : découper l'ouvrage en tâches, calculer chaque durée à partir des quantités, relier les tâches, trouver le chemin critique, caler le tout sur le calendrier réel puis valider et diffuser. Il se met ensuite à jour chaque semaine.
Un planning faux coûte cher. Une équipe qui arrive sur une zone pas prête, c'est une journée payée pour rien. Une livraison de grave calée avant la fin du réglage du fond de forme, ce sont des camions qui attendent ou qui repartent pleins. Un retard non anticipé sur une tâche critique repousse la fin du chantier et peut déclencher, en marché public, des pénalités journalières. À l'inverse, un planning juste permet de commander au bon moment et de prouver ce qui a réellement décalé le chantier.
Planning de chantier : quels documents et qui les établit ?
Un planning représente dans le temps les tâches du chantier, leurs liens et les moyens qu'elles mobilisent. Le diagramme de Gantt aligne des barres sur un calendrier : il se lit d'un coup d'œil mais montre mal les dépendances. Le réseau (méthode PERT ou des potentiels) relie les tâches : il fait apparaître le chemin critique, c'est-à-dire la suite de tâches la plus longue, celle qui fixe la durée du chantier.
Trois niveaux de planning
- Le calendrier prévisionnel figure dans les pièces du marché. En travaux allotis, il précise les dates d'intervention de chaque lot dans le délai global.
- Le calendrier détaillé d'exécution est établi pendant la période de préparation. Il découpe chaque lot en tâches, avec leurs liens et leurs durées.
- Le planning de suivi se met à jour pendant les travaux. Tenez-le sur trois semaines glissantes pour caler équipes, engins et livraisons.
Ce que prévoit le CCAG Travaux
Si votre marché public renvoie au CCAG Travaux (arrêté du 30 mars 2021), la période de préparation dure deux mois sauf autre durée fixée par les documents particuliers. Elle est comprise dans le délai d'exécution. Vous y remettez un programme d'exécution qui précise les matériels, les méthodes et le calendrier, avec le projet des installations de chantier en annexe. Il est notifié pour visa au maître d'œuvre, avec copie au maître d'ouvrage, au moins quinze jours avant la fin de la période de préparation (article 28.2).
En travaux allotis, le calendrier détaillé est élaboré par le titulaire de la mission OPC (ordonnancement, pilotage et coordination) en concertation avec les entreprises. Il est approuvé par le maître d'ouvrage puis notifié par ordre de service. En marché privé, ces règles viennent de votre contrat : lisez-le avant de bâtir le planning.
Un planning se juge à son chemin critique : sur ces tâches sans marge, chaque jour perdu repousse la fin du chantier.
La méthode en 6 étapes
1. Découpez l'ouvrage en tâches
Découpez par ouvrage, par zone puis par équipe. Une bonne tâche a une quantité mesurable, un responsable, un début et une fin que l'on peut constater sur le terrain. Ajoutez les tâches sans main-d'œuvre, souvent oubliées : délais de commande, essais, séchage, autorisations. La réponse des exploitants de réseaux à une DICT (déclaration d'intention de commencement de travaux) prend par exemple jusqu'à 7 jours pour une déclaration dématérialisée et 9 jours pour une déclaration papier, jours fériés non compris (article R554-26 du Code de l'environnement).
2. Calculez chaque durée
Formule : durée = quantité ÷ rendement journalier de l'équipe, arrondie au jour supérieur. Prenez vos rendements sur vos chantiers passés, pas dans un catalogue. Pour une tâche incertaine, utilisez l'estimation à trois valeurs de la méthode PERT : (optimiste + 4 × probable + pessimiste) ÷ 6. Pour des bordures estimées à 4, 5 ou 9 jours : (4 + 20 + 9) ÷ 6 = 5,5, soit 6 jours.
3. Reliez les tâches
Le lien le plus courant est fin-début : la couche de grave commence quand le fond de forme est réglé. Utilisez aussi le lien début-début avec décalage, par exemple des bordures qui démarrent deux jours après le début de la grave sur une autre zone. Tenez compte des ressources : si vous n'avez qu'une pelle, deux tâches de terrassement ne se font pas en parallèle.
4. Trouvez le chemin critique et les marges
Calculez les dates au plus tôt de gauche à droite : une tâche démarre à la plus tardive des fins de ses prédécesseurs. Calculez ensuite les dates au plus tard de droite à gauche, en partant de la date de fin. La marge totale est l'écart entre date au plus tard et date au plus tôt : c'est le retard qu'une tâche peut prendre sans repousser la fin du chantier. La marge libre est le retard possible sans décaler la tâche suivante. Les tâches à marge totale nulle forment le chemin critique.
5. Calez le planning sur le calendrier réel
Passez des jours de travail aux dates : jours ouvrés, jours fériés, congés, jours d'intempéries prévisibles inscrits au marché, horaires de livraison autorisés, arrêtés de voirie. Placez les jalons imposés : passage d'un concessionnaire, mise en service.
6. Validez puis diffusez
Faites relire le planning par vos chefs d'équipe, vos sous-traitants et vos fournisseurs : ce sont eux qui tiennent les rendements et les délais. Donnez-lui un indice et une date, puis diffusez la même version à tout le monde.
Exemple chiffré : un parking de 1 500 m² en 21 jours
Prenons un parking de véhicules légers de 1 500 m² réalisé par une entreprise de VRD (voirie et réseaux divers), à 5 jours par semaine avec un seul atelier de terrassement. Les rendements ci-dessous sont des hypothèses courantes : remplacez-les par les vôtres.
Quantités et durées
- Décapage de 30 cm : 1 500 × 0,30 = 450 m³ en place. À 150 m³ par jour, 450 ÷ 150 = 3 jours. Avec un foisonnement (gain de volume du sol une fois extrait) de 25 à 30 %, le merlon de stockage fait 563 à 585 m³.
- Déblai de 40 cm et réglage : 1 500 × 0,40 = 600 m³ en place, soit 600 ÷ 150 = 4 jours. Avec 25 à 30 % de foisonnement, 750 à 780 m³ sont à charger. Retenons 1,8 t/m³ en place, valeur courante pour une terre (la vôtre figure dans l'étude géotechnique) : 600 × 1,8 = 1 080 t, soit 1 080 ÷ 17 = 63,5, donc 64 rotations de 8x4 sur 4 jours (16 par jour). Faites analyser les terres avant le démarrage : l'analyse fixe la filière (ISDI ou autre) et donc l'exutoire.
- Réseau d'eaux pluviales : 120 ml (mètres linéaires) à 40 ml par jour, soit 3 jours. Il démarre après le décapage, en parallèle du déblai, avec l'équipe réseaux et sa propre mini-pelle, derrière la pelle de déblai.
- GNT 0/31,5 sur 30 cm (grave non traitée, granulats de 0 à 31,5 mm) : 1 500 × 0,30 = 450 m³ compactés. Avec une densité de 2,1 t/m³, prise dans la fourchette de 2,0 à 2,2 t/m³ de la GNT compactée (voir notre article sur la densité de la GNT) : 450 × 2,1 = 945 t. À 250 t mises en œuvre par jour, 945 ÷ 250 = 3,8, soit 4 jours.
- Approvisionnement de la GNT : un 8x4 (PTAC, poids total autorisé en charge, de 32 t) porte environ 17 t, donc 945 ÷ 17 = 55,6, soit 56 rotations. Sur 4 jours, cela fait 14 camions par jour à recevoir sur des créneaux tenus (voir combien de tonnes dans un camion benne).
- Bordures : 400 ml à 80 ml par jour, soit 5 jours.
- Autres tâches : installation et implantation 2 jours, régalage de la terre végétale sur les espaces verts 2 jours, enrobé 1 jour, marquage 1 jour, nettoyage et repli 1 jour.
Lecture du résultat
Le chemin critique passe par A, B, C, E, F, G, H et I : 2 + 3 + 4 + 4 + 5 + 1 + 1 + 1 = 21 jours ouvrés, soit 4 semaines et 1 jour. Le réseau d'eaux pluviales peut se faire au plus tôt de J5 à J8 et au plus tard de J6 à J9 : il a 1 jour de marge. Le régalage de la terre végétale peut glisser de J13 à J18 pour son démarrage : ses 5 jours de marge permettent d'y affecter l'équipe quand elle se libère.
Le déblai puis la GNT sont sur le chemin critique : une demi-journée sans camion, c'est une demi-journée de plus sur la fin du chantier. Les 16 évacuations puis les 14 livraisons quotidiennes doivent être confirmées avant le démarrage, avec un accès et une aire de chargement et de déchargement prêts. L'enrobé aussi est critique : réservez la centrale et l'atelier dès que la date des bordures est fiable.
Suivre et recaler le planning en cours de chantier
Le point hebdomadaire
Chaque semaine, relevez l'avancement en quantités (m³ décapés, ml de bordures posés) plutôt qu'en pourcentage estimé. Recalculez les dates des tâches restantes, regardez si le chemin critique a changé puis mettez à jour les trois semaines à venir : équipes, engins, commandes et livraisons. Notez les causes des écarts dans le compte rendu : c'est votre preuve en cas de litige.
Intempéries : ce que prévoit le CCAG Travaux
Le Code du travail (article L5424-8) considère comme intempéries les conditions atmosphériques et les inondations lorsqu'elles rendent le travail dangereux ou impossible. Pour un marché au CCAG Travaux, l'article 18.2.3 prolonge le délai par ordre de service d'une durée égale aux journées d'arrêt réellement constatées, diminuée du nombre de jours d'intempéries prévisibles fixé par les documents particuliers. Les samedis, dimanches et jours fériés compris dans la période d'intempéries s'ajoutent. Exemple : si le marché prévoit 3 jours prévisibles et que 5 jours d'arrêt sont constatés, la prolongation est de 2 jours. Les 3 premiers jours restent à votre charge.
Les autres cas de prolongation (ouvrages modifiés, difficultés imprévues, ajournement) relèvent de l'article 18.2.2 : le maître d'ouvrage fixe la prolongation sur proposition du maître d'œuvre, après vous avoir consulté. Hors de ces cas, seul un avenant prolonge le délai.
Ce que coûte un jour de retard
Sans autre règle dans les documents particuliers, l'article 19.2 du CCAG Travaux fixe une pénalité journalière de 1/3 000 du montant hors taxes du marché, de la tranche ou du bon de commande concerné. Vous en êtes exonéré si le total ne dépasse pas 1 000 euros pour l'ensemble du marché. Le total est plafonné à 10 % du montant hors taxes. Pour un marché de 300 000 € HT : 300 000 ÷ 3 000 = 100 € par jour. Dix jours de retard font 1 000 € et restent exonérés. Onze jours font 1 100 € et sont dus. Le plafond atteint 30 000 €. Avant d'appliquer une pénalité, le maître d'ouvrage doit vous inviter par écrit à présenter vos observations dans un délai d'au moins quinze jours.
Les erreurs à éviter
- Fixer les durées au jugé. Une durée sans quantité ne se défend ni devant le maître d'œuvre ni devant votre équipe. Règle : chaque durée se calcule par quantité ÷ rendement. Le calcul figure dans le planning.
- Oublier les tâches sans main-d'œuvre. Réponses aux DICT, délais de fabrication, essais de portance et réservations de centrale ne mobilisent personne, mais ils bloquent la suite. Règle : inscrivez-les comme des tâches à part entière, avec leur durée et leurs liens.
- Laisser le planning figé. Un planning qui date de la période de préparation ne pilote plus rien au bout de trois semaines. Règle : mettez-le à jour chaque semaine avec un indice puis diffusez la nouvelle version à tous les intervenants.
Conseil de l'expert
Ne gonflez pas chaque tâche « par sécurité ». La marge cachée dans dix tâches se consomme sans que personne ne la voie. Calculez des durées réalistes puis placez une réserve visible avant la date de fin contractuelle, au moins égale aux jours d'intempéries prévisibles du marché. Vous voyez alors chaque semaine combien de réserve il vous reste.
À retenir
- Calculez chaque durée à partir d'une quantité et d'un rendement, puis reliez les tâches avant de dessiner le Gantt.
- Repérez le chemin critique : c'est là que se jouent les livraisons, les équipes et les commandes à sécuriser.
- Mettez le planning à jour chaque semaine et gardez une réserve visible pour les intempéries prévisibles.
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Pour aller plus loin
- Anticiper les besoins en matériaux
- Livraison groupée ou étalée
- Chiffrer votre chantier
- Maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'œuvre
Sources
- Arrêté du 30 mars 2021 portant approbation du CCAG Travaux, articles 18 (fixation et prolongation des délais), 19 (pénalités) et 28 (préparation des travaux), texte consolidé sur marche-public.fr, consulté le 22/10/2026.
- CCAG Travaux, article 19.2 (pénalités de retard et retenues), code-commande-publique.com, consulté le 22/10/2026.
- Entrée en application des CCAG 2021 et caractère facultatif, blog Landot et associés, consulté le 22/10/2026.
- Code de l'environnement, article R554-26 (délais de réponse aux DT et DICT), fiche Prévention BTP de l'OPPBTP, preventionbtp.fr, consultée le 22/10/2026.
- Fiche F23491 « DT-DICT », Service-Public Entreprendre (DILA), vérifiée le 09/04/2025, entreprendre.service-public.gouv.fr, consultée le 22/10/2026.
- Code du travail, article L5424-8 (définition des intempéries), code.travail.gouv.fr, consulté le 22/10/2026.
- Cours « Planning » (Gantt, réseau PERT, chemin critique, dates au plus tôt et au plus tard), université de Constantine, fac.umc.edu.dz, consulté le 22/10/2026.
- HEC Montréal, solutions d'exercices de gestion des opérations (durée espérée PERT), tintin.hec.ca, consulté le 22/10/2026.
- Marge totale, marge libre et chemin critique, Blog du Modérateur (19/01/2021), consulté le 22/10/2026.
























































































