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Un plan d'installation de chantier (PIC) montre, à l'échelle, tout ce qui occupe le terrain pendant les travaux : clôture et accès, circulations des camions et des piétons, aires de livraison, de stockage et de déchets, base vie, réseaux provisoires et levage. Il évolue à chaque phase.
Un PIC bâclé se paie dès la première semaine. Un semi-remorque qui ne peut pas tourner repart sans décharger. Une aire de stockage posée sur la terre végétale devient un bourbier à la première pluie. Une base vie placée sous la flèche de la grue doit être déplacée. Chaque erreur coûte des rotations perdues, des heures d'attente facturées et parfois un accident entre un engin et un piéton. Le PIC sert aussi de support commun au coordonnateur SPS et aux entreprises pour discuter des flux avant l'arrivée des équipes.
Que doit contenir un plan d'installation de chantier ?
Le PIC est un plan de masse du chantier sur lequel on dessine les installations provisoires. Il part du plan topographique et du plan de masse du projet, puis ajoute ce qui permet de travailler. L'INRS le définit comme le plan qui décrit l'implantation des équipements, des voiries, des réseaux et des installations collectives, dont les cantonnements (la base vie). La CRAMIF (caisse régionale de l'Assurance maladie) détaille ces éléments dans sa fiche en 15 points.
L'emprise, la clôture et les accès
Tracez la limite du chantier, la clôture provisoire et les portails. Séparez l'accès des véhicules de celui des piétons, comme le recommande la CRAMIF. Prévoyez aussi un accès piéton direct entre la voirie et la base vie. Cotez la largeur de chaque portail : un camion benne mesure jusqu'à 2,55 m de large selon l'article R312-10 du Code de la route (2,60 m pour une caisse frigorifique à parois épaisses), sans compter la marge de manœuvre. L'article Gabarit et accès chantier : quel camion passe où donne les largeurs et rayons utiles par type de camion.
Les circulations
Dessinez le trajet des camions de l'entrée au point de déchargement puis jusqu'à la sortie. La CRAMIF recommande un sens de circulation qui évite les marches arrière et les croisements, avec des voies carrossables et balisées séparées des cheminements piétons. Éclairez les circulations pour les journées courtes d'hiver.
Les aires de livraison, de stockage et de déchets
Placez l'aire de livraison au bord de la piste, à portée de la grue ou du chariot élévateur. Les aires de stockage doivent être balisées et carrossables, séparées de la zone de tri des déchets et des bennes. Réservez une zone pour les terres extraites, qu'elles soient stockées sur place ou évacuées. Sur un chantier de gros œuvre, ajoutez l'aire de lavage des toupies à béton.
La base vie et les réseaux
Positionnez bureaux, vestiaires, réfectoire et sanitaires près de l'entrée, hors de la zone de survol des charges. Tracez les réseaux provisoires : électricité, eau potable, assainissement et télécoms. La CRAMIF conseille d'alimenter la base vie par un circuit électrique distinct de celui du chantier et de protéger les réseaux du gel.
Le levage et les coupes
Indiquez la position de la grue, son rayon d'action et les zones interdites au survol des charges : voisins, voie publique, base vie. Ajoutez une coupe ou une élévation quand les hauteurs comptent, par exemple sous une ligne aérienne ou pour la hauteur libre nécessaire au bennage.
Un bon PIC se juge à un seul test : le premier camion de grave entre, décharge et ressort en marche avant sans manœuvre improvisée.
Qui établit le PIC et à quel moment ?
Aucun article du Code du travail ne définit un document appelé « PIC ». Le plan découle de deux sources : les pièces du marché, qui désignent l'entreprise chargée des installations communes ; la coordination SPS (sécurité et protection de la santé), qui fixe les règles de circulation et de stockage.
Le PIC projet, rédigé avec le PGC
Quand plusieurs entreprises interviennent sur un chantier soumis à déclaration préalable ou comportant des travaux à risques particuliers, le maître d'ouvrage fait établir un plan général de coordination (PGC) par le coordonnateur, dès la phase de conception (article L4532-8 du Code du travail). L'article R4532-44 liste ce que ce plan précise : l'organisation générale du chantier, la circulation, la manutention, le stockage, la gestion des déchets, les secours et l'évacuation. Le PIC projet, joint au dossier de consultation des entreprises, traduit ces choix en plan.
Le PIC travaux, tenu par l'entreprise
En phase de préparation, l'entreprise titulaire reprend le PIC projet et le détaille avec ses propres moyens : modèle de grue, nombre de modules, effectif de pointe, camions attendus. Sur un chantier soumis au PGC, chaque entreprise rédige aussi son PPSPS (plan particulier de sécurité et de protection de la santé) avant le début des travaux et le remet au coordonnateur (article L4532-9). L'INRS range le plan d'installation dans le dossier de préparation de l'entreprise, avec le planning, les plans d'exécution, les prévisions d'effectifs et le PPSPS.
Un plan par phase
Le PIC n'est pas figé. La CRAMIF distingue les installations permanentes (emprise, accès, base vie, réseaux) des installations évolutives (terrassement, levage, circulations intérieures, alimentation par niveau). Faites un plan par grande phase : terrassement, gros œuvre, second œuvre. Le PGC est lui aussi actualisé pendant toute la durée des travaux, selon l'article L4532-8.
Base vie : combien de sanitaires et de vestiaires prévoir ?
Le dimensionnement part de l'effectif de pointe, c'est-à-dire le nombre maximal de travailleurs présents en même temps. La CRAMIF demande de l'évaluer dès la préparation. Les règles du Code du travail sont précises :
- Vestiaire : un local aéré, éclairé, suffisamment chauffé, nettoyé au moins une fois par jour, avec assez de sièges. Si la place manque pour des armoires individuelles, des patères en nombre suffisant les remplacent (article R4534-139).
- Lavabos : de l'eau potable à température réglable, au moins un lavabo pour 10 travailleurs (article R4228-7). L'article R4534-141 reprend la règle d'un point d'eau pour dix sur les chantiers de quatre mois au plus.
- Douches : obligatoires pour les travaux insalubres et salissants listés par l'arrêté du 23 juillet 1947, par exemple en égout, au jet de sable ou en présence d'amiante (article R4228-8), quelle que soit la durée du chantier.
- Toilettes : conformes aux articles R4228-11 à R4228-15 (article R4534-144). Au-delà de quatre mois de chantier, la dérogation de l'article R4534-137 ne s'applique plus : il faut au moins un cabinet d'aisance et un urinoir pour 20 hommes, deux cabinets pour 20 femmes (article R4228-10).
- Réfectoire : dès que les salariés déjeunent sur place, un local avec tables et sièges en nombre suffisant, un appareil pour réchauffer les repas, un garde-manger et si possible un réfrigérateur (article R4534-142).
- Eau de boisson : de l'eau potable et fraîche. Sans eau courante, au moins 3 litres par jour et par travailleur (article R4534-143).
Exemple : 25 compagnons pendant 8 mois
Prenons un effectif de pointe de 25 personnes, dont 22 hommes et 3 femmes, sur un chantier de 8 mois. Lavabos : 25 ÷ 10 = 2,5, soit 3 lavabos. Hommes : 22 ÷ 20 = 1,1, soit 2 cabinets et 2 urinoirs. Femmes : 2 cabinets séparés. La base vie compte donc au minimum 4 cabinets, 2 urinoirs et 3 lavabos, plus un réfectoire pour 25 personnes et des vestiaires séparés pour les hommes et les femmes (article R4228-5). Sur le PIC, ces modules occupent une plateforme qu'il faut stabiliser comme les aires de stockage.
Comment dessiner le PIC : la méthode en 6 étapes
- Rassemblez les données d'entrée : plan topographique, plan de masse, réseaux existants. Le responsable de projet consulte le guichet unique des réseaux puis adresse sa déclaration de projet de travaux (DT) aux exploitants concernés ; l'entreprise exécutante fait de même avec sa DICT avant de démarrer.
- Reconnaissez l'itinéraire à pied depuis la route principale : largeurs, virages, hauteurs libres, limitations de tonnage, stationnement gênant.
- Tracez l'emprise, la clôture et les accès, puis la circulation en sens unique avec un retournement en marche avant.
- Placez les aires de livraison et de stockage le long de la piste, puis la zone déchets et terres, puis la base vie près de l'entrée.
- Ajoutez la grue, son rayon d'action et les zones sans survol, puis les réseaux provisoires.
- Faites valider le plan par le coordonnateur SPS, puis mettez-le à jour à chaque changement de phase.
Si une benne, un échafaudage ou une palissade déborde sur la voie publique, faites-le figurer sur le PIC. L'autorisation d'occupation du domaine public se demande avant l'installation. Selon Service-Public, l'administration dispose de deux mois pour répondre et son silence vaut refus : déposez la demande dès la préparation.
Calculer les pistes et les aires en grave : de la surface aux camions
Les aires carrossables du PIC se construisent souvent en GNT 0/31,5 (grave non traitée, mélange de cailloux et de sable de 0 à 31,5 mm) posée sur un géotextile. Le calcul suit trois étapes : surface × épaisseur = volume compacté ; volume × densité = tonnage ; tonnage ÷ charge utile = nombre de rotations.
L'exemple chiffré
Reprenons notre chantier. Piste intérieure : 60 m × 4 m = 240 m². Aire de livraison et de stockage : 20 m × 10 m = 200 m². Plateforme de base vie : 12 m × 6 m = 72 m². Total : 512 m². Retenons une épaisseur de 30 cm comme hypothèse de calcul : votre bureau d'études fixe la vôtre d'après la portance du sol, mesurée par un essai à la plaque.
Volume compacté : 512 × 0,30 = 153,6 m³. La densité de la GNT compactée va de 2,0 à 2,2 t/m³ (voir Densité de la GNT : foisonnée vs compactée). Le tonnage est donc compris entre 307 t (153,6 × 2,0 = 307,2) et 338 t (153,6 × 2,2 = 337,9). Retenons 2,1 t/m³ : 153,6 × 2,1 = 322,6 t, soit environ 323 t.
Rotations : un 8x4 (PTAC 32 t) transporte environ 17 t, soit 322,6 ÷ 17 = 19,0, donc 19 rotations. Une semi-benne (PTAC 44 t) charge environ 30 t en livraison : 322,6 ÷ 30 = 10,8, soit 11 rotations, à condition que l'accès permette sa giration.
Les terres décapées à prévoir
Avant la grave, la terre végétale est décapée. Sur 20 cm d'épaisseur (hypothèse à adapter à votre terrain), 512 × 0,20 = 102,4 m³ en place. Avec un foisonnement de 25 à 30 %, ce volume devient 128 à 133 m³ une fois extrait (102,4 × 1,25 = 128 ; 102,4 × 1,30 = 133,1). Le PIC doit montrer où ces terres sont stockées en merlon ou comment elles sont évacuées.
Une fois ces tonnages connus, Koncrete livre la GNT au prix ferme livré avec le camion adapté à votre accès (8x4 ou semi-benne) et évacue les terres décapées vers la filière adaptée, avec le même camion en double flux quand le planning le permet.
Les erreurs à éviter
- Dessiner le PIC sans reconnaître l'accès. Un plan fait au bureau ignore le virage serré ou la branche basse qui bloque un 8x4. Règle : parcourez l'itinéraire avant de figer les accès et choisissez le camion d'après le point le plus étroit.
- Poser les aires de stockage sur le terrain naturel. Sans décapage ni couche de grave, l'aire se dégrade à la première pluie et les palettes s'enfoncent. Règle : prévoyez des aires carrossables dès le PIC et chiffrez-les comme la piste.
- Garder le même plan du terrassement à la livraison. Les besoins changent quand la grue arrive ou quand le bâtiment occupe l'aire de stockage. Règle : faites un PIC par phase et datez chaque version.
Conseil de l'expert
Dessinez le parcours du plus gros camion que vous recevrez, pas celui du camion le plus courant. Si une semi-benne doit livrer la grave de la plateforme, c'est elle qui fixe la largeur du portail et la taille de l'aire de retournement. Les 8x4 passeront ensuite sans difficulté.
À retenir
- Partez de l'effectif de pointe et du plus gros camion attendu : ils dimensionnent la base vie et les accès.
- Faites valider chaque version du PIC par le coordonnateur SPS et tenez-en une par phase.
- Chiffrez les pistes et les aires en grave dès la préparation : surface, épaisseur, densité, rotations.
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Pour aller plus loin
Sources
- Code du travail, articles L4532-8 et L4532-9 (plan général de coordination et PPSPS), Code du travail numérique, code.travail.gouv.fr, consulté le 22/10/2026.
- Code du travail, article R4532-44 (contenu du PGC), fiche Prévention BTP de l'OPPBTP, preventionbtp.fr, consultée le 22/10/2026.
- Code du travail, articles R4534-137 et R4534-139 à R4534-144 (installations sanitaires des chantiers), R4228-5, R4228-7, R4228-8 et R4228-10, code.travail.gouv.fr, consultés le 22/10/2026.
- Arrêté du 23 juillet 1947 relatif aux douches (travaux insalubres et salissants), fiche Prévention BTP de l'OPPBTP, preventionbtp.fr, consultée le 22/10/2026.
- Code de la route, article R312-10 (largeur des véhicules), fiche Prévention BTP de l'OPPBTP, preventionbtp.fr, consultée le 22/10/2026.
- CRAMIF (Assurance maladie, risques professionnels), « Préparation et installation de chantier : la prévention en 15 points clefs », cramif.fr, consultée le 22/10/2026.
- INRS, « Préparation et organisation d'un chantier BTP », inrs.fr, consultée le 22/10/2026.
- Service-Public Entreprendre, « Permis de stationnement et permission de voirie » (F23509), vérifiée le 17/12/2024, entreprendre.service-public.gouv.fr, consultée le 22/10/2026.
- CAPEB Aube, « Rappel concernant la réglementation des installations sanitaires sur les chantiers », 13/11/2023, capeb.fr.
- FFB, « Cantonnements : quelles obligations ? », 15/03/2018, ffbatiment.fr.
























































































