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On traite un sol à la chaux quand il est argileux et trop humide pour être compacté. La chaux vive l'assèche (environ 1 point de teneur en eau par % ajouté) et fait floculer l'argile. En remblai, on épand 1 à 3 % de chaux, on malaxe et on compacte.
Un limon détrempé laissé tel quel produit des ornières, du matelassage sous le rouleau et une plateforme qui échoue à l'essai de portance. L'autre option consiste à purger le sol et à le remplacer par de la grave : sur une plateforme de 4 000 m², cela représente plus de 300 rotations de camions chargés (calcul plus bas). À l'inverse, une chaux épandue sur un sol qui contient du gypse peut gonfler et soulever l'ouvrage des mois plus tard.
Quand faut-il traiter un sol à la chaux ?
La chaux répond à un problème précis : un sol fin, plus ou moins argileux, trop humide pour être terrassé, compacté ou circulé par les engins. Cas typique : un limon de plateau après un hiver pluvieux.
Ce que la chaux fait au sol
La chaux vive (oxyde de calcium, CaO) agit en trois temps, décrits de la même façon par CIMBÉTON et par le guide national du Cerema de 2018 :
- Assèchement immédiat : la chaux vive consomme de l'eau en s'hydratant. La réaction dégage de la chaleur, qui évapore une partie de l'eau. L'apport de matière sèche abaisse encore la teneur en eau.
- Floculation à court terme : le calcium agglomère les particules d'argile en grumeaux. L'indice de plasticité (écart entre l'état liquide et l'état plastique du sol) baisse nettement. Le sol collant devient friable et sa portance immédiate (IPI, indice portant immédiat) augmente.
- Prise à long terme : la chaux élève le pH au-delà de 10 et attaque la silice et l'alumine de l'argile. Il se forme des silicates et aluminates de calcium qui lient les grains. C'est la réaction pouzzolanique, lente et dépendante de la température.
Sur l'assèchement, les chiffres divergent selon les sources. CIMBÉTON retient environ 1 point de teneur en eau par % de chaux vive. Le guide du Cerema (2018) donne 1 à 3 points par %, car il compte aussi l'aération due au malaxage et aux reprises. Pour vos calculs, partez de la valeur basse.
Les cas où la chaux ne suffit pas
La réaction de prise a besoin d'argile. Avec un sol peu ou pas argileux, la chaux ne durcit que par carbonatation au contact de l'air, très lentement et avec des résistances modestes : ces sols ne se prêtent pas au traitement à la chaux (CIMBÉTON). Les argiles riches en mica réagissent aussi peu ou pas. Pour une couche de forme exposée à un gel sévère, la chaux seule est à éviter : il faut un double traitement chaux puis ciment ou liant hydraulique routier.
Le tableau ci-dessous résume l'aptitude des principaux sols. Les classes sont celles du GTR (guide des terrassements des remblais et des couches de forme) de 1992, reprises par CIMBÉTON : il classe les sols selon leur nature et leur état hydrique. L'édition de mai 2023 a mis à jour cette classification, que votre laboratoire applique.
Sans argile, la chaux ne prend pas : un sable ou une grave propre s'emploie tel quel en remblai ou se traite au liant hydraulique, pas à la chaux seule.
Chaux vive, dosages et épaisseurs : les caractéristiques à connaître
Quelle chaux utiliser
Le traitement de sols utilise surtout la chaux aérienne calcique vive, notée CL-Q. Le guide du CFBR (septembre 2025) recommande par exemple une chaux NF EN 459-1 CL 90-Q (R5, P2) : au moins 88 % de chaux libre, une réactivité qui porte l'eau au-delà de 60 °C en moins de 10 minutes et une mouture fine (100 % passant à 5 mm).
Les dosages usuels
Le dosage s'exprime en masse de chaux rapportée à la masse de sol sec. Seule l'étude de laboratoire le fixe. Repères publiés :
- Remblai en limon argileux (A2) : 1 à 3 % de chaux vive selon l'état hydrique (CIMBÉTON).
- Partie supérieure des terrassements (PST, le dernier mètre sous la couche de forme) : double traitement de 1 à 2 % de chaux puis 3 à 4 % de ciment ou de liant hydraulique routier quand la portance visée est élevée (CIMBÉTON).
- Couche de forme en limon A1 ou A2 : faute d'étude de performances sur un petit chantier, le GTS (guide de traitement des sols, Sétra-LCPC, 2000) prévoit des dosages dits sécurisants de 1,5 % de chaux et 7 % de liant hydraulique routier (cité par la FRTP Normandie).
L'étude de traitement
Avant tout chantier, le laboratoire identifie le sol : granulométrie, argilosité (valeur au bleu ou limites d'Atterberg), références Proctor, teneur en eau naturelle et IPI. Il recherche les sels solubles (dont les sulfates) et les matières organiques. Il vérifie l'aptitude du sol au traitement par un essai de gonflement volumique accéléré, avec un maximum admissible de 10 % selon CIMBÉTON pour les remblais. Il trace enfin des abaques de dosage pour plusieurs teneurs en eau. Le Cerema et la FRTP Normandie ajoutent un critère simple : le sol traité est jugé insensible à l'eau si son indice CBR après 4 jours d'immersion est au moins égal à son IPI.
Les épaisseurs traitées
Les pulvimalaxeurs les plus puissants traitent jusqu'à 50 cm d'épaisseur après compactage (CIMBÉTON). Pour une couche de forme, l'édition 1992 du GTR, reprise par CIMBÉTON, préconisait des épaisseurs empiriques de 50 cm en chaux seule et de 35 cm en traitement mixte chaux et liant hydraulique. Votre bureau d'études dimensionne la couche de forme selon l'édition 2023.
Comment traiter un sol à la chaux sur le chantier
Le traitement en place suit la séquence décrite par le GTS et la FRTP Normandie :
- Décapez la terre végétale et stockez-la à part, puis réglez grossièrement la plateforme.
- Précompactez la surface à traiter. L'épandeur et le malaxeur doivent rouler sur une surface régulière pour tenir le dosage et l'épaisseur (CIMBÉTON).
- Épandez la chaux avec un épandeur dont le débit est asservi à la vitesse d'avancement. Contrôlez la quantité réellement épandue au mètre carré par rapport à la valeur calculée. N'épandez pas par grand vent.
- Malaxez au pulvimalaxeur, un engin à rotor horizontal qui émotte le sol et incorpore la chaux sur toute l'épaisseur. Si le sol contient des blocs de plus de 100 à 120 mm, passez à la charrue à disques ou à socs.
- Attendez l'hydratation de la chaux si un liant hydraulique doit suivre : la FRTP Normandie indique un délai de 6 à 24 h avant le second traitement.
- Réglez, fermez et compactez. L'objectif courant en remblai est la qualité q4 du GTR de 1992, reprise par CIMBÉTON : 95 % de la densité sèche de l'optimum Proctor normal en moyenne et 92 % en fond de couche. Votre bureau d'études fixe l'objectif selon l'édition 2023. Les rouleaux à pieds limitent le feuilletage des sols fins.
- Protégez la surface. Pour une couche de forme traitée, les exemples du GTR prévoient un enduit de cure gravillonné, qui évite au sol de se dessécher.
Météo : les conditions à surveiller
Pluie, gel et périodes sèches changent l'état hydrique du sol, donc le dosage. Les réactions de prise de la chaux s'arrêtent quand le sol descend vers 5 °C (CIMBÉTON, Cerema). Quand la pluie empêche de maîtriser la teneur en eau du mélange, les exemples du GTR repris par CIMBÉTON excluent le traitement en couche de forme.
Sécurité : la chaux vive brûle
Les fiches de données de sécurité de la chaux vive classent le produit comme irritant pour la peau et les voies respiratoires et comme cause de lésions oculaires graves. Elles imposent des lunettes de sécurité ajustées, des gants en nitrile, des vêtements couvrants et des chaussures résistantes aux produits caustiques, avec un filtre à particules selon l'exposition. Pour les riverains, CIMBÉTON recommande des jupes jusqu'au sol autour de la zone de chute des épandeurs et, en zone urbaine, des chaux à émissions de poussières limitées.
Conseil de l'expert
Faites mesurer la teneur en eau du sol le matin même du traitement, pas la veille. Le dosage de l'étude correspond à une teneur en eau donnée : si le sol a pris ou perdu de l'eau, le dosage se recale sur les abaques du laboratoire. Un limon qui a séché au soleil peut ainsi demander moins de chaux que prévu. Un sol lessivé par l'orage en demandera davantage.
Les erreurs à éviter
- Traiter sans étude d'aptitude. Les sulfates, présents dans les sols à gypse ou à pyrite, peuvent provoquer des gonflements différés. Règle : faites doser les sels solubles et réaliser l'essai de gonflement avant le chantier, même sur un sol qui semble ordinaire.
- Mettre de la chaux dans un sable ou une terre végétale. Sans argile, la prise ne se fait pas. Les matières organiques consomment la chaux. Règle : réservez la chaux aux sols argileux, décapez la terre végétale et faites dire par l'étude si un sol peu argileux s'emploie tel quel ou avec un liant hydraulique.
- Traiter à la chaux seule une couche exposée au gel en fin de saison. La prise s'arrête vers 5 °C et met de nombreux mois à atteindre une tenue au gel suffisante sous nos climats. Règle : programmez le traitement tôt dans la saison et prévoyez un double traitement chaux et liant hydraulique pour une couche de forme exposée au gel sévère.
Calculer la quantité de chaux et la comparer à une purge
La formule
CIMBÉTON donne la quantité de chaux à épandre par mètre carré : Q (kg/m²) = e × ρd × d / (100 - d), avec e l'épaisseur à traiter en mètres, ρd la masse volumique sèche du sol en place en kg/m³ et d le dosage en %.
Exemple : plateforme de 4 000 m² en limon humide
Retenons des hypothèses explicites : traitement sur 0,35 m, dosage de 2 % (dans la fourchette de 1 à 3 % des limons A2), masse volumique sèche de 1 650 kg/m³ et teneur en eau de 20 %. Vos propres valeurs figurent dans l'étude de traitement.
- Chaux par mètre carré : 0,35 × 1 650 × 2 / 98 = 11,79 kg/m², soit environ 11,8 kg/m².
- Chaux totale : 11,79 × 4 000 = 47 143 kg, soit environ 47 t.
- Livraison : la chaux voyage en camion silo (citerne pour produits pulvérulents), pas en benne. Avec un silo de 27 t, valeur standard citée par le constructeur Wirtgen, il faut 47 ÷ 27 = 1,7, soit 2 livraisons.
- Effet attendu : 2 % de chaux abaissent la teneur en eau d'environ 2 points selon CIMBÉTON, soit de 20 % à environ 18 % avant compactage.
Ce que coûterait la purge du même sol
Si l'étude conclut que le sol n'est pas traitable, il faut l'évacuer puis le remplacer. Volume en place : 4 000 × 0,35 = 1 400 m³. Masse humide : 1 650 × 1,20 = 1 980 kg/m³, soit 1 400 × 1,98 = 2 772 t à évacuer. En 8x4 (environ 17 t de charge utile) : 2 772 ÷ 17 = 163,1, soit 164 rotations.
Pour remplacer ces 1 400 m³ par de la GNT compactée (grave non traitée, 2,0 à 2,2 t/m³) : 1 400 × 2,0 = 2 800 t et 1 400 × 2,2 = 3 080 t. En 8x4, cela fait 2 800 ÷ 17 = 164,7 et 3 080 ÷ 17 = 181,2, soit 165 à 182 rotations. Au total, la purge mobilise 329 à 346 voyages chargés contre 2 camions silos de chaux. Le traitement en place gagne presque toujours quand le sol s'y prête.
Quand il ne s'y prête pas, Koncrete évacue les déblais avec la traçabilité réglementaire vers la filière adaptée (l'ISDI pour des terres inertes). Elle livre la GNT de substitution avec les mêmes camions en double flux. Les 164 rotations d'évacuation se font alors au retour des camions de grave, au lieu de rouler à vide.
À retenir
- Réservez la chaux aux limons, argiles et craies humides : un sable ou une terre végétale ne réagit pas.
- Faites réaliser l'étude de traitement avant le chantier : dosage selon la teneur en eau, sulfates, matières organiques et gonflement.
- Traitez par temps sec, sans grand vent et loin des gelées, puis compactez et protégez la surface traitée.
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Pour aller plus loin
- Couche de forme : rôle et matériaux
- Comment faire un terrassement ?
- Combien coûte l'évacuation de terre au m3
- Prix de la grave 0/31.5 et de la GNT
Sources
- CIMBÉTON, Collection technique T70, « Terrassements et assises de chaussées. Traitement des sols aux liants hydrauliques », édition novembre 2009 : infociments.fr
- Cerema, UP'Chaux et SR BTP, « Valorisation des matériaux par traitement à la chaux sur les installations de recyclage », guide technique national, mai 2018 : DREAL Bretagne
- FRTP Normandie, « Matériaux alternatifs en infrastructures, manuel 1 : sols limoneux et craies », mis en ligne en juillet 2024 : frtpnormandie.fntp.fr
- CFBR, « Sols traités à la chaux et/ou aux liants hydrauliques. Application aux ouvrages hydrauliques », guide technique, septembre 2025 : barrages-cfbr.eu
- Sétra-LCPC, « Traitement des sols à la chaux et/ou aux liants hydrauliques. Application à la réalisation des remblais et des couches de forme » (GTS), janvier 2000, cité par CIMBÉTON et le CFBR
- Techniques de l'Ingénieur, article C4316 de J. Abdo sur les nouveautés du GTR, mai 2024 (nouvelle édition IDRRIM et Cerema de mai 2023) : techniques-ingenieur.fr
- IDRRIM et Cerema, « Guide des terrassements des remblais et des couches de forme » (GTR), fascicule 2, mai 2023 : dtrf.cerema.fr
- IFSTTAR, De Baecque et al., « Durabilité d'un sol traité à la chaux en environnement maritime », JNGG 2018 : archives.irstea.fr
- Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme, « La stabilisation des sols à la chaux dans les ouvrages agricoles », novembre 2016 : chambres-agriculture.fr
- Wirtgen, « Traitement des sols aux liants hydrauliques », extrait du manuel pratique : wirtgen-group.com
- Fiche de données de sécurité chaux vive (oxyde de calcium), Eurocho, révision septembre 2015 : germineo.com
























































































