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Pour étanchéifier une mare ou un étang avec de l'argile, posez au moins 30 cm d'argile humide, compactée en couches de 15 à 30 cm sur le fond et les berges. La terre utilisée doit contenir en général 15 à 20 % d'argile au moins et rester humide en permanence.
Une étanchéité à l'argile ratée ne se voit qu'une fois l'étang rempli. Le niveau baisse, le fond fissure dès le premier été et il faut tout vider pour reprendre la couche. Le retour d'expérience du canton de Zurich, publié par la plateforme suisse Biodivers, le montre : sur 52 plans d'eau suivis, 22 avaient été étanchés à l'argile. Beaucoup ont demandé des réfections et certains ont fini sous bâche après quelques années. Sur un chantier, cela se traduit par une seconde mobilisation des engins, de nouveaux camions d'argile et des déblais à reprendre.
Votre sol est-il assez argileux pour tenir l'eau ?
Tout repose sur la qualité de l'argile. Une argile au sens du terrassier est une terre très fine et collante qui gonfle à l'eau et se ferme quand on la compacte. Une terre limoneuse ou sableuse, même grasse au toucher, laisse filer l'eau.
La teneur en argile minimale
Les guides ne donnent pas tous le même seuil. Le manuel de la FAO sur les étangs demande au moins 20 % d'argile pour une couche rapportée et au moins 10 % pour un simple compactage du fond en place. Le guide du ministère de l'Agriculture de l'Ontario sur les réservoirs d'irrigation retient au moins 15 % d'argile, répartie de façon uniforme sous toute la profondeur creusée. Retenez la fourchette de 15 à 20 % comme ordre de grandeur. Seule une analyse granulométrique en laboratoire donne la teneur réelle de votre sol.
Deux tests simples sur le terrain
- Le test du boudin : roulez une poignée de terre humide entre vos mains. Selon la fiche Biodivers sur les petits plans d'eau, une argile utilisable se roule en boudin jusqu'à la moitié de la largeur d'un crayon sans se fissurer. Elle doit aussi être exempte de pierres et pauvre en sable.
- Le test de remplissage : creusez un trou d'essai, tassez le fond puis remplissez-le de 10 cm d'eau. La fiche technique de l'ADASEA du Gers compte en moyenne 1 cm d'évaporation par jour sans pluie. Une baisse nettement plus rapide signale une fuite par le sol.
Ce que l'on peut attendre d'une argile bien posée
Une argile compactée n'est jamais parfaitement étanche. Le guide des mares et plans d'eau du Conseil général des Hauts-de-Seine (2007) donne un débit de fuite de l'ordre de 10⁻⁸ m/s pour 30 cm d'argile corroyée, soit environ 30 cm d'eau perdus par an. Le corroyage désigne le pétrissage et le compactage de l'argile humide jusqu'à obtenir une couche continue. Cette perte s'ajoute à l'évaporation : un étang à l'argile a donc besoin d'une alimentation, par une source, une nappe ou le ruissellement d'un bassin versant.
Si votre terrain est déjà argileux et humide, un simple creusement suffit parfois. La fiche de Natagora sur la création de mares le rappelle : une flaque temporaire ou des joncs épars sont de bons indices. Dans le cas contraire, il faut apporter de l'argile, ajouter de la bentonite ou passer à une géomembrane.
Une argile qui sèche est une argile qui fuit : compactez-la humide en couches minces et ne laissez jamais le fond à nu en plein été.
Argile, bentonite ou bâche : quelle étanchéité choisir ?
La bentonite est une argile très gonflante, riche en montmorillonite, vendue en sacs ou en nattes. La géomembrane est une bâche synthétique (EPDM, PVC ou PEHD) posée sur un feutre de protection. Le tableau compare les solutions courantes à partir des valeurs du guide des Hauts-de-Seine et du manuel de la FAO.
L'argile garde deux atouts : elle se répare avec le même matériau et elle accepte les berges végétalisées. En revanche, elle n'a de sens que si l'étang reste en eau toute l'année. Un plan d'eau temporaire, qui s'assèche chaque été, fissure son fond à chaque cycle. La fiche Biodivers réserve d'ailleurs l'argile aux plans d'eau profonds, de grande taille et alimentés en eau.
Comment poser et compacter la couche d'argile ?
La méthode est celle d'un remblai compacté, avec une exigence de plus : la couche doit être continue sur tout le fond et sur les berges. Pour la préparation du terrain, les étapes de base sont détaillées dans notre guide pour faire un terrassement.
Préparer le fond de forme
- Décapez la terre végétale et stockez-la à part : elle servira à habiller les berges hors d'eau.
- Creusez au profil final, plus l'épaisseur d'argile prévue. Pour 30 cm d'argile, surcreusez de 30 cm.
- Profilez les berges à 1 pour 3 au plus, soit 1 m de hauteur pour 3 m de longueur, comme le recommande le guide des Hauts-de-Seine. Ajoutez des paliers si l'emprise manque.
- Retirez les pierres, les racines et les poches de sable qui créeraient des chemins d'eau.
Mettre l'argile en œuvre
- Amenez l'argile à sa teneur en eau optimale. Le guide de l'Ontario demande de la fixer par des essais sur place ou en laboratoire : c'est l'essai Proctor, qui donne l'humidité à laquelle le sol se compacte le mieux.
- Étalez une première couche d'environ 15 cm. La FAO retient deux couches de 15 cm. Le guide de l'Ontario accepte des couches de 150 à 300 mm.
- Compactez au rouleau à pieds de mouton, un compacteur dont les crampons pétrissent l'argile au lieu de la lisser. La FAO compte 4 à 6 passes par couche. Le guide de l'Ontario parle d'au moins 10 passes et précise qu'un simple passage de bulldozer ne suffit pas.
- Griffez la surface avant la couche suivante pour que les deux couches se soudent.
- Remontez sur les berges sans interruption : le raccord entre le fond et la berge est le point de fuite le plus fréquent.
- Protégez l'arrivée d'eau par des enrochements, comme le conseille la FAO, pour éviter que le courant ne creuse l'argile.
- Mettez en eau sans attendre : une argile qui reste au soleil se fissure.
Conseil de l'expert
Si la mise en eau doit attendre, faites comme la FAO le prévoit pour les fonds traités à la bentonite : couvrez la couche de foin ou de paille et gardez-la humide par arrosage. Planifiez aussi le chantier pour finir le compactage juste avant une période pluvieuse. La fiche de l'ADASEA du Gers conseille de creuser en fin d'été pour que les pluies d'automne et d'hiver remplissent l'étang.
Combien d'argile et de camions pour un étang de 600 m² ?
Prenons un étang de 20 m sur 30 m, soit 600 m² au miroir, avec 1,50 m de profondeur au point bas et environ 1 m de profondeur moyenne. Le sol en place est trop sableux : l'argile vient d'un apport extérieur.
Le volume et le tonnage d'argile
- Surface à étancher, fond et berges dépliés : retenons 650 m² (hypothèse ; mesurez la vôtre sur le plan de terrassement).
- Volume compacté : 650 × 0,30 = 195 m³.
- Tonnage : retenons 1,8 t/m³, haut de la fourchette de 1,6 à 1,8 t/m³ donnée pour l'argile en place dans notre article sur le poids d'un m³ de terre (hypothèse ; votre étude de sol donne la valeur réelle). 195 × 1,8 = 351 t.
- Camions : un 8x4 transporte environ 17 t. 351 ÷ 17 = 20,6, soit 21 rotations.
Le volume ne limite pas le chargement. Avec 30 % de foisonnement, c'est-à-dire l'augmentation de volume de la terre une fois extraite, la masse en vrac tombe à 1,8 ÷ 1,3 = 1,38 t/m³. Les 17 t occupent alors 17 ÷ 1,38 = 12,3 m³, ce qui tient dans une benne de 14 à 18 m³.
Les déblais à évacuer
- Creusement : 600 × 1,0 = 600 m³, plus le surcreusement pour l'argile de 650 × 0,30 = 195 m³, soit 795 m³ en place.
- Réemploi sur place pour modeler les berges et les abords : retenons 295 m³ (hypothèse). Il reste 500 m³ à évacuer.
- Tonnage : retenons aussi 1,8 t/m³ pour ce sol sableux en place (hypothèse ; votre étude de sol donne la valeur réelle). 500 × 1,8 = 900 t.
- En 8x4 : 900 ÷ 17 = 52,9, soit 53 rotations. En semi-benne, chargée de 25 à 30 t en évacuation : 900 ÷ 30 = 30 et 900 ÷ 25 = 36, soit 30 à 36 rotations si l'accès le permet.
Ces 53 rotations en 8x4 pèsent plus lourd dans le planning que la pose de l'argile. Koncrete évacue ces déblais vers la filière adaptée, une ISDI s'il s'agit de terres inertes, avec la traçabilité réglementaire. Elle choisit le camion selon l'accès au terrain. Le même camion peut livrer les cailloux de protection de l'arrivée d'eau puis repartir chargé de déblais. Pour le choix de l'exutoire, voyez les différences entre ISDI, ISDND et ISDD.
Les 3 erreurs qui font fuir une mare en argile
- Lisser l'argile au godet au lieu de la compacter. La fiche Biodivers est claire : un simple lissage ne suffit pas. Règle : compactez chaque couche au rouleau à pieds de mouton (à la plaque vibrante sur une petite surface).
- Travailler une argile trop sèche ou détrempée. Trop sèche, elle reste en mottes et laisse des vides. Trop humide, elle colle aux engins et ne se densifie pas. Règle : faites réaliser un essai Proctor sur l'argile d'apport et arrosez ou laissez ressuyer jusqu'à l'optimum avant de compacter.
- Laisser le fond sécher. Biodivers note que des fissures apparaissent partout où l'argile n'est pas humide en permanence. Une vidange en plein été suffit à ruiner la couche. Règle : réservez l'argile aux plans d'eau alimentés en continu et gardez une hauteur d'eau minimale toute l'année.
Quelles démarches avant de creuser un étang ?
La loi sur l'eau
La rubrique 3.2.3.0 de la nomenclature de l'article R.214-1 du code de l'environnement vise les plans d'eau, permanents ou non. Au-delà de 0,1 ha (1 000 m²) et en dessous de 3 ha, le projet est soumis à déclaration. À partir de 3 ha, il est soumis à autorisation. Le dossier se dépose auprès du service de police de l'eau de la DDT.
Ces plans d'eau doivent aussi respecter l'arrêté du 9 juin 2021, publié au Journal officiel du 15 août 2021. Quand l'espace de mobilité du cours d'eau n'est pas connu, il impose une distance minimale de 35 m si le lit mineur atteint 7,50 m de large. Pour les autres cours d'eau, la distance tombe à 10 m. Une digue doit garder une revanche de 0,40 m au-dessus du niveau normal. Le service de police de l'eau reçoit le dossier d'exécution au moins un mois avant les travaux.
Le cas des zones humides
La mise en eau d'une zone humide relève d'une autre rubrique, la 3.3.1.0 : déclaration au-delà de 0,1 ha, autorisation à partir de 1 ha. L'article 4 de l'arrêté de 2021 n'admet un plan d'eau en zone humide que sous conditions strictes. Un arrêté du 3 juillet 2024 avait assoupli ces conditions pour les projets de moins de 1 ha, mais le Conseil d'État l'a annulé le 2 mars 2026 (n° 497009). Faites confirmer par la DDT le statut de votre parcelle avant de creuser.
Le code de l'urbanisme
Un affouillement de plus de 2 m de profondeur sur 100 m² ou plus demande une déclaration préalable en mairie (article R.421-23 du code de l'urbanisme). Consultez aussi le plan local d'urbanisme. Dans notre exemple, 600 m² au miroir et 1,80 m au point bas surcreusement compris : le projet reste sous les seuils de la rubrique 3.2.3.0 et de la déclaration préalable. Il reste soumis au PLU. En zone humide, la rubrique 3.3.1.0 s'applique dès que la surface touchée, déblais régalés compris, dépasse 1 000 m². Le règlement d'un SAGE peut être plus strict : faites confirmer le statut de la parcelle par la DDT.
À retenir
- Testez le sol avant de creuser : test du boudin, trou d'essai rempli d'eau puis analyse granulométrique en laboratoire pour un étang.
- Posez au moins 30 cm d'argile humide en couches compactées au rouleau à pieds de mouton, berges comprises, puis mettez en eau sans attendre.
- Vérifiez la surface et le statut de la parcelle : au-delà de 1 000 m² de plan d'eau ou de 1 000 m² de zone humide touchée (bassin et déblais régalés compris), déposez un dossier loi sur l'eau à la DDT.
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Pour aller plus loin
- Drainer un terrain argileux
- Poids d'1 m³ de terre
- Coût de l'évacuation de terre au m³
- Tout savoir sur le géotextile
Sources
- Conseil général des Hauts-de-Seine, « L'aménagement des mares et plans d'eau », guide technique, juillet 2007 : https://bassinversant.org/wp-content/uploads/2024/07/guide_mares_et_plan_d_eau1.pdf
- FAO, « Contrôle des pertes d'eau dans un étang », manuel de formation en aquaculture : https://www.fao.org/fishery/docs/CDrom/FAO_Training/FAO_Training/General/x6709f/x6709f03.htm
- Gouvernement de l'Ontario, « Conception, construction et entretien de réservoirs d'irrigation en Ontario » : https://www.ontario.ca/fr/page/conception-construction-et-entretien-de-reservoirs-dirrigation-en-ontario
- Biodivers, « Petits plans d'eau : types de plans d'eau et ouvrages techniques » : https://biodivers.ch/fr/index.php/Petits_plans_d%E2%80%99eau/Types_de_plans_d%E2%80%99eau_et_ouvrages_techniques
- ADASEA du Gers, « Fiche technique n°10 : créer une mare » : https://bassinversant.org/wp-content/uploads/2020/11/2933_ADASEA32_CAT-ASTARAC_FicheTechnique_n10_CreationMares_2016.pdf
- ASPAS, fiche pratique « Créer une mare » : https://www.aspas-nature.org/wp-content/uploads/2022/02/fiche-pratique-mare-ASPAS.pdf
- Natagora, fiche JNat « Mare » : https://reseaunature.natagora.be/fileadmin/Projet_Reseau_Nature/Fiches_JNat/JNat_Mare.pdf
- Arrêté du 9 juin 2021 fixant les prescriptions techniques générales applicables aux plans d'eau (JO du 15 août 2021), sur AIDA (INERIS) : https://aida.ineris.fr/reglementation/arrete-090621-fixant-prescriptions-techniques-generales-applicables-plans-deau
- Conseil d'État, décision du 2 mars 2026, n° 497009 : https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CE/decision/2026-03-02/497009
- DRIEAT Île-de-France, « Document d'accompagnement à joindre au dossier de déclaration loi sur l'eau, rubrique 3.2.3.0 » : https://www.drieat.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/v3_-_check-list_3230_vf_sept_2021.pdf
- Préfecture des Deux-Sèvres, nomenclature loi sur l'eau (rubriques 3.2.3.0 et 3.3.1.0) : https://www.deux-sevres.gouv.fr/index.php/contenu/telechargement/35117/267084/file/annexe_2_nomenclature.pdf
- Gest'eau, note explicative de la règle zones humides d'un SAGE, rubrique 3.3.1.0 (2019) : https://www.gesteau.fr/sites/default/files/gesteau/content_files/document/SAGEBH-note%20_explicativeRegleZHapprouveparCLE.pdf
- DDT de l'Ain, points de vigilance sur les exhaussements et affouillements de sols : https://www.ain.gouv.fr/contenu/telechargement/21114/147976/file/points_de_vigilance_lors_de_l_instruction_d_une_autorisation_d_urbanisme_concernant_des_exhaussements_ou_affouillements_de_sols.pdf
- Koncrete, « Poids d'1 m3 de terre » : https://www.koncrete.fr/blog/poids-d1-m3-de-terre
























































































