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La portance d'un sol est son aptitude à porter une chaussée ou une plateforme sans trop se déformer. Sur chantier, on la mesure par le module EV2, en MPa, grâce à l'essai à la plaque. Les kPa et les bars expriment plutôt des pressions, comme la charge sous une fondation.
Confondre ces grandeurs coûte cher. Lire un EV2 comme une pression conduit à croire le sol capable de reprendre des charges qu'il ne supportera jamais. À l'inverse, une plateforme réceptionnée sous le seuil du marché se paie plus tard : ornières sous les camions, dallage qui tasse, couche de forme à reprendre alors que la chaussée est déjà posée. Savoir lire un rapport d'essai évite de signer une réception qui ne tient pas.
Portance, EV2, kPa, MPa : de quoi parle-t-on ?
La portance, une notion de technique routière
Selon la norme NF P 98-086, citée par le Wikigeotech (la base de connaissances géotechniques du ministère chargé de l'écologie), la portance est l'aptitude du support d'une chaussée à résister aux contraintes et aux déformations dues à la circulation. Elle s'exprime par un module de déformation, en MPa.
La mécanique des sols emploie un autre mot : la capacité portante. C'est la résistance du sol à la rupture sous une charge verticale, par exemple sous une semelle de fondation. Les deux termes sont souvent confondus. Ils ne mesurent pourtant pas la même chose et ne s'expriment pas avec les mêmes chiffres.
Le module EV2 : une raideur, pas une charge
Le module EV2 vient de l'essai à la plaque décrit par la norme NF P 94-117-1 (avril 2000, toujours en vigueur). On charge une plaque rigide de 600 mm de diamètre posée sur le sol. On mesure ensuite de combien elle s'enfonce. Plus l'enfoncement est faible, plus le module est élevé : le sol est plus raide.
Le point clé tient en une phrase. Pendant le second cycle de l'essai, la pression appliquée n'est que de 0,20 MPa. Un EV2 de 50 MPa ne signifie donc pas que le sol porte 50 MPa. Il indique que le sol se déforme peu sous cette charge d'essai. Pensez à la raideur d'un ressort plutôt qu'à un poids maximal.
kPa, MPa et bars : les conversions à connaître
Le pascal (Pa) est l'unité de pression du système international : une force de 1 newton répartie sur 1 m². Les rapports d'essai l'utilisent avec ses multiples :
- 1 kPa = 1 000 Pa ;
- 1 MPa = 1 000 kPa = 1 000 000 Pa ;
- 1 bar = 100 000 Pa = 100 kPa = 0,1 MPa ;
- 1 bar correspond à environ 1 kg posé sur 1 cm².
Retenez le raccourci : 1 MPa = 10 bars. La pression de 0,20 MPa du second cycle vaut 200 kPa, soit 2 bars. Sur une plaque de 600 mm, dont la surface fait 0,283 m², cela représente 200 × 0,283 = 56,6 kN, soit environ 5 650 daN.
Où lit-on des kPa et où lit-on des MPa ?
Dans une étude de sol pour des fondations (mission G2 de la norme NF P 94-500), le géotechnicien donne la contrainte que le sol peut reprendre sous les semelles. Elle s'écrit en kPa, en MPa ou en bars selon les bureaux d'études. Un rapport G2 AVP publié en ligne par la communauté de communes du Pays de Falaise retient par exemple 0,25 MPa à l'ELS (état limite de service, c'est-à-dire en usage normal). Cela fait 250 kPa ou 2,5 bars. Une semelle carrée de 1 m de côté reprend alors 0,25 MPa × 1 m² = 250 kN, soit 25 t, comme l'écrit le rapport. La valeur de votre projet figure dans votre propre étude.
Dans un procès-verbal de réception de plateforme, on lit au contraire des EV2 en MPa : 50, 80, 120. Ces chiffres sont des modules, pas des pressions. Les comparer avec la contrainte sous fondation n'a aucun sens. Le même dossier peut aussi citer un module pressiométrique EM, mesuré au pressiomètre dans un forage : il ne se remplace pas par un EV2. L'inverse est vrai aussi.
Un EV2 de 50 MPa ne veut pas dire que le sol porte 50 MPa : c'est un module de déformation, mesuré sous une pression de 0,20 MPa seulement.
Classes de portance : quelle valeur EV2 viser ?
Les classes PF de la plateforme
Le dimensionnement d'une chaussée part d'une classe de plateforme, notée PF. La plateforme est la surface sur laquelle on pose la chaussée : le sol terrassé, appelé arase, recouvert ou non d'une couche de forme. La couche de forme est une couche de matériaux, souvent granulaires, qui améliore la portance de l'arase et la protège pendant le chantier. La note du Cerema de mars 2017 sur la PF2qs rappelle les seuils de chaque classe.
Les enfoncements z2 du tableau sont calculés avec la formule simplifiée de l'essai, EV2 ≈ 90 ÷ z2 : par exemple 90 ÷ 50 = 1,8 mm. La même note du Cerema précise que la norme NF P 98-086 a scindé l'ancienne classe PF2 du guide des terrassements routiers (GTR) de 2000, qui allait de 50 à 120 MPa. Certains documents anciens affichent encore cette PF2 large. Regardez quelle référence cite votre CCTP (cahier des clauses techniques particulières) avant de comparer vos résultats.
Valeur à long terme et seuil de réception
Le Wikigeotech distingue deux valeurs. La portance à long terme correspond aux conditions d'humidité les plus défavorables pendant la vie de l'ouvrage : le géotechnicien la fixe et elle sert au dimensionnement. La portance à court terme est mesurée pendant le chantier : le CCTP fixe le seuil à obtenir à la réception.
Ce seuil, souvent noté Emin, correspond en général au bas de la classe visée : 50 MPa pour une PF2, 120 MPa pour une PF3. Les valeurs de réception ne représentent le long terme que si les matériaux de la couche de forme, le drainage et l'entretien respectent les règles de l'art. Un bon EV2 mesuré un jour sec ne fait donc pas monter la plateforme d'une classe.
Lire un EV2 sans calculatrice
Un EV2 de 30 MPa sur une arase signale un sol peu raide : la plateforme reste en PF1. À 60 MPa, elle atteint la PF2. Au-delà de 120 MPa, elle entre en PF3. Plus la classe est haute, plus le bureau d'études peut alléger la structure de chaussée posée dessus. Quand l'arase est trop faible, la solution passe par une couche de forme, une purge ou un traitement du sol, choisis par le géotechnicien.
Comment se mesure l'EV2 sur le chantier ?
L'essai à la plaque se fait sur la plateforme terminée, au moment de la réception de l'arase ou de la couche de forme. Le laboratoire suit la norme NF P 94-117-1. Voici le déroulé, à connaître pour préparer la journée et lire le procès-verbal.
- Prévoyez un camion chargé comme contrepoids au vérin : selon le Cerema, il doit permettre d'appliquer au moins 8 t sur la plaque. Ses roues restent à 1,20 m au moins du centre de la plaque.
- Laissez le laboratoire régler la surface au point d'essai. Il pose la plaque de 600 mm sur une fine couche de sable pour qu'elle porte sur toute sa surface.
- Premier cycle : le vérin charge la plaque jusqu'à 0,25 MPa, soit environ 7 070 daN. Il attend la stabilisation de l'enfoncement puis décharge.
- Second cycle : la plaque est rechargée jusqu'à 0,20 MPa. L'enfoncement mesuré à la fin de ce cycle, noté z2, sert au calcul.
- Calculez avec la formule simplifiée : EV2 ≈ 90 ÷ z2, avec z2 en millimètres et EV2 en MPa. Un enfoncement de 1,5 mm donne 90 ÷ 1,5 = 60 MPa. Un enfoncement de 0,9 mm donne 90 ÷ 0,9 = 100 MPa.
- Multipliez les points : le Cerema préconise au moins un essai tous les 500 m² sur une arase et tous les 250 m² sur une couche de forme. Comptez 4 à 6 essais par heure.
Et le rapport K ?
Beaucoup de marchés demandent encore le module du premier cycle (EV1) et le rapport K = EV2 ÷ EV1, avec un seuil souvent fixé sous 2. Ces deux indicateurs viennent du mode opératoire historique du LCPC. Selon le Wikigeotech, la norme actuelle ne les retient plus, car ils servaient souvent à tort pour juger le compactage. Si votre CCTP les exige, appliquez-le : c'est le marché qui fait foi. Ne déduisez pas pour autant d'un bon rapport K que le compactage est parfait.
Conseil de l'expert
Avant de recalculer un EV2 vous-même, demandez au laboratoire si l'enfoncement z2 du procès-verbal est la lecture brute du comparateur ou l'enfoncement réel de la plaque. Selon le dispositif de mesure, la lecture brute doit parfois être corrigée par le rapport des bras du bâti. Appliquer 90 ÷ z2 sur une valeur non corrigée fausse l'EV2 : faites toujours votre calcul sur l'enfoncement réel indiqué par le laboratoire.
Les erreurs à éviter avec la portance
- Prendre l'EV2 pour une charge admissible. Un EV2 de 80 MPa ne dit rien de la charge qu'une semelle peut transmettre au sol. Règle à appliquer : pour une fondation, lisez la contrainte donnée par l'étude G2 ; pour une plateforme, lisez l'EV2 et sa classe PF.
- Raisonner sur la moyenne. Trois points à 70, 65 et 35 MPa donnent une moyenne de 170 ÷ 3 = 56,7 MPa, au-dessus de 50. Le point à 35 MPa reste pourtant sous le seuil d'une PF2 : la zone autour de lui doit être reprise puis contrôlée de nouveau. Règle à appliquer : chaque point doit atteindre l'Emin du marché.
- Mesurer dans de mauvaises conditions. Un essai réalisé sur une plateforme détrempée, gelée ou en période de dégel donne une valeur qui ne représente ni le court terme ni le long terme. Règle à appliquer : programmez l'essai sur une plateforme dans son état normal, décalez-le après une forte pluie et faites noter la météo sur le procès-verbal.
Calculer la couche de forme à apporter
Quand l'arase n'atteint pas la classe visée, le géotechnicien prescrit souvent une couche de forme, par exemple en grave non traitée (GNT), un mélange de cailloux et de sable que l'on compacte. Son épaisseur dépend du sol, de l'eau et de la classe à atteindre : elle figure dans l'étude ou dans le CCTP. Le calcul des quantités, lui, est à votre portée.
La formule
Tonnage = surface (m²) × épaisseur compactée (m) × densité compactée (t/m³). Nombre de camions = tonnage ÷ charge utile du camion, arrondi à l'unité supérieure.
Un exemple complet
Prenons une plateforme de 30 m sur 20 m pour un parking de chantier. Retenons, comme hypothèse, une couche de forme de 40 cm de GNT prescrite par le géotechnicien. Votre épaisseur figure dans l'étude du projet.
- Surface : 30 × 20 = 600 m².
- Volume compacté : 600 × 0,40 = 240 m³.
- Tonnage : la GNT compactée pèse 2,0 à 2,2 t/m³. Avec 2,1 t/m³, on obtient 240 × 2,1 = 504 t, soit de 480 à 528 t selon la densité réelle.
- Camions 8x4 : un 8x4 (PTAC 32 t) transporte environ 17 t. 504 ÷ 17 = 29,6, soit 30 rotations.
- Semi-bennes : environ 30 t de charge utile en livraison. 504 ÷ 30 = 16,8, soit 17 rotations si l'accès le permet.
- Contrôle : à raison d'un essai pour 250 m² de couche de forme, 600 ÷ 250 = 2,4, soit 3 essais à la plaque au minimum.
Le choix entre 8x4 et semi-benne dépend de l'accès et de la place pour manœuvrer sur la plateforme. Pour ces 504 t, Koncrete livre la GNT à un prix ferme livré, transport compris, avec le camion adapté à l'accès. Son équipe planifie les rotations sur des créneaux de 6 h 30 à 16 h 30, sous 24 à 48 h, pour que la couche de forme soit compactée avant le passage du laboratoire.
À retenir
- Lisez l'unité avant le chiffre : un EV2 en MPa décrit la raideur d'une plateforme, une contrainte en kPa ou en bars décrit ce que le sol reprend sous une fondation.
- Faites écrire dans le CCTP la classe visée et l'Emin, puis exigez que chaque point d'essai l'atteigne.
- Dès que l'épaisseur de couche de forme est connue, convertissez-la en tonnes et en rotations pour caler les livraisons avant la réception.
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Pour aller plus loin
- Couche de forme : rôle et matériaux
- Remblais : le bon caillou pour la portance
- Densité de la GNT : foisonnée ou compactée
- Dimensionner un parking en grave
Sources
- Wikigeotech, « La portance en terrassement », ministère chargé de l'écologie : wikigeotech.developpement-durable.gouv.fr (consulté le 17/10/2026).
- Cerema, « Méthodologie de mesure de la portance des plates-formes », note d'information n° 01, mars 2018 : dtrf.cerema.fr.
- Cerema, « Dimensionnement des épaisseurs de couche de forme pour PF2qs », note d'information, mars 2017 : dtrf.cerema.fr.
- Cimbéton, « Voiries et aménagements urbains en béton, tome 1 », collection technique T 50 : infociments.fr.
- AFNOR, norme NF P 94-117-1, portance des plates-formes, module sous chargement statique à la plaque (EV2), avril 2000 : boutique.afnor.org.
- AFNOR, norme NF P 94-500, missions d'ingénierie géotechnique, novembre 2013 : boutique.afnor.org.
- Communauté de communes du Pays de Falaise, rapport d'étude géotechnique G2 AVP : paysdefalaise.fr.
- Arvor Géotechnique, fiche « Module EV2 », 2011 : arvor-geo.fr.
- Expert Géotechnique, « Essai à la plaque EV2 » et « Module EV2 » : expertgeotechnique.com.
- Labo C5, procédure de l'essai à la plaque : labo-c5.fr.
- Futura Sciences, définition du bar : futura-sciences.com.
























































































