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Une noue paysagère est une dépression large et peu profonde, engazonnée ou plantée, qui collecte les eaux pluviales pour les stocker puis les infiltrer. Comptez 15 à 30 cm de profondeur, des berges en pente douce, un fond quasi horizontal et au moins 30 cm de terre végétale peu argileuse.
Une noue mal conçue se paie deux fois. Si les engins ont tassé le fond pendant le terrassement, l’eau stagne, la végétation dépérit et l’ouvrage doit être repris à la pelle. Si le volume est sous-estimé, la noue déborde vers la voirie ou chez le voisin en contrebas. La reprise coûte de nouvelles rotations de camions, un nouvel apport de terre végétale et une saison de végétalisation. Tout se joue avant le premier coup de pelle.
Noue paysagère : à quoi sert-elle et quand la choisir ?
La noue est une dépression linéaire à ciel ouvert qui reçoit le ruissellement des toitures, des voiries ou des parkings. Elle collecte l’eau, la stocke puis l’évacue par infiltration ou vers un exutoire à débit régulé. L’Adopta, association spécialisée dans la gestion des eaux pluviales, insiste sur un point : la noue n’est pas un fossé. Elle est moins profonde, moins pentue et plus large.
Noue d’infiltration, noue sur tranchée ou noue étanche
- Noue d’infiltration : l’eau rejoint le sol en place. C’est la solution la plus simple sur un terrain perméable : on modèle le sol, sans matériau spécifique.
- Noue sur tranchée d’infiltration : une tranchée remplie de grave drainante et enveloppée de géotextile est creusée sous la noue. L’Adopta la recommande quand le sol est peu perméable, quand le volume est important ou quand l’emprise est limitée.
- Noue de rétention étanche : quand l’infiltration est proscrite, une géomembrane isole la noue du sous-sol et l’eau part vers un exutoire à débit régulé (fiches techniques du Val-de-Marne). C’est le cas d’un sol pollué ou du périmètre de protection d’un captage d’eau potable.
Ce que dit la réglementation
La noue n’a pas de norme propre. Un projet qui rejette ses eaux pluviales sur le sol, dans le sous-sol ou dans un cours d’eau relève de la rubrique 2.1.5.0 de la nomenclature « loi sur l’eau » (article R214-1 du Code de l’environnement) : déclaration au-delà de 1 ha, autorisation à partir de 20 ha. La surface comptée est celle du projet augmentée de la partie du bassin versant naturel dont il intercepte les écoulements. Un parking isolé de 800 m² reste donc sous le seuil. La pluie à stocker est en général fixée par les règles locales (zonage pluvial, service gestionnaire) : lisez-les avant de dessiner.
Une noue se rate au terrassement : un fond tassé par les engins voit son infiltration fortement réduite avant même la première pluie.
Quelles dimensions donner à une noue ?
Profondeur et largeur
Les fiches de SEPIA Conseils éditées pour Grand Chambéry (mars 2020) décrivent un ouvrage de 15 à 30 cm de profondeur, dont l’emprise représente environ 10 % de la surface imperméabilisée raccordée. L’Adopta calcule le volume d’une noue à section triangulaire avec la formule V = (h × l × L) ÷ 2, où h est la profondeur, l la largeur en gueule (au sommet des berges) et L la longueur.
Pente des berges
Des berges douces offrent une plus grande surface d’infiltration et facilitent la tonte. Les fiches SEPIA retiennent une pente de 3 pour 1, soit 3 m à l’horizontale pour 1 m de dénivelé. La nature du sol fixe la pente stable ; une berge plus douce consomme plus d’emprise (fiches du Val-de-Marne).
Pente longitudinale
Le fond doit être le plus horizontal possible pour stocker l’eau (Adopta). Les sources divergent sur le seuil à partir duquel il faut cloisonner. Les fiches SEPIA demandent une pente inférieure à 0,5 % et des cloisons au-delà. Le guide technique publié en annexe par la préfecture des Ardennes place les redents à partir de 2 % pour éviter l’érosion. Un redent est un petit seuil transversal qui découpe la noue en biefs successifs. Autre solution : implanter la noue le long des courbes de niveau (étude de cas de Grand Chambéry). Votre bureau d’études fixe la pente et l’espacement des redents d’après le relevé topographique.
Perméabilité et distances
Avant de choisir une noue d’infiltration, faites mesurer la capacité d’infiltration du sol. Le Graie, réseau d’experts de l’eau en milieu urbain, demande dans sa note de septembre 2020 au moins 3 essais, réalisés au plus près du fond de l’ouvrage prévu. Pour un ouvrage de surface, des essais à la bêche suffisent sous 1 000 m² de surface active ; au-delà, il conseille des essais à la fosse, dits Matsuo. Comme repère, une perméabilité de 10⁻⁵ m/s correspond à environ 3,6 cm d’eau infiltrée par heure. Côté implantation, les fiches SEPIA placent la noue à 3 m au moins des bâtiments. L’Adopta éloigne une tranchée d’infiltration d’au moins 2 m des habitations. Quand une nappe est proche, la doctrine de la DDTM du Var demande en plus un suivi piézométrique (mesure du niveau de la nappe).
Quels matériaux pour une noue paysagère ?
Les matériaux servent trois besoins : le support végétal, l’infiltration renforcée et la protection contre l’érosion.
Terre végétale
L’Adopta demande au moins 30 cm de terre végétale peu argileuse. Les fiches SEPIA donnent 30 à 60 cm, sur un sol non compacté, avec une couche de paillage de 7 cm. L’argile laisse peu passer l’eau : c’est la raison de cette exigence.
Grave drainante et géotextile
Sous une noue sur tranchée, la fiche Adopta n°2 cite la grave 20/80, dont l’indice de vide (la part d’espace libre entre les grains, qui stocke l’eau) va de 30 à 50 %. Le guide Biodiversité et gestion de l’eau à la parcelle mentionne un lit drainant en gravier 20/60 associé à un géotextile. Sur la coupe de l’Adopta, le géotextile entoure la grave et la sépare du sol en place : sans lui, les fines du terrain migrent dans les vides et colmatent le massif.
Empierrement, enrochement et cunette
Là où une descente de gouttière déverse toute l’eau en un seul point, l’Adopta prévoit un empierrement pour éviter l’érosion. Les fiches du Val-de-Marne admettent des enrochements pour stabiliser les pentes. Quand la pente longitudinale descend sous 0,2 à 0,3 %, le guide Biodiversité et gestion de l’eau à la parcelle ajoute une cunette béton, petite rigole qui évacue les faibles débits.
Mise en œuvre : du terrassement à la végétalisation
- Implantez la noue d’après le plan de nivellement (fond, surverse, redents).
- Décapez la terre végétale en place et stockez-la à part si elle est réutilisable.
- Terrassez à la pelle sans faire circuler les engins sur le fond et n’utilisez jamais de godet de curage, comme le demande le guide annexé par la préfecture des Ardennes.
- Pour une noue sur tranchée, ouvrez la tranchée, déroulez le géotextile, remplissez de grave puis refermez le géotextile avant la terre végétale.
- Régalez la terre végétale, c’est-à-dire étalez-la et nivelez-la, sans la compacter. Réglez le profil pour qu’aucune flaque ne puisse stagner.
- Créez la surverse : un trop-plein qui dirige l’excédent vers la voirie ou le réseau, jamais vers le voisin en contrebas (Grand Chambéry).
- Semez ou plantez, puis attendez que la végétation soit installée avant la mise en service.
Conseil de l’expert
Une noue neuve ne craint rien autant que le ruissellement boueux du chantier : terrassement des voiries, tas de terre non bâchés, roues des camions. Raccordez les surfaces amont au dernier moment et fermez l’entrée de la noue avec un bourrelet de terre tant qu’elles ne sont pas stabilisées. Retirez le bourrelet seulement après la pose des enrobés et la levée du gazon.
Les erreurs à éviter
- Compacter le fond. Le passage des engins referme les pores du sol et réduit fortement son infiltration. Règle : aucun engin sur le fond, terrassement depuis les berges, terre végétale régalée sans compactage.
- Dimensionner sans essai d’infiltration. Une perméabilité supposée donne une noue qui reste en eau ou un ouvrage surdimensionné. Règle : au moins 3 essais au niveau du fond prévu avant de figer le profil.
- Oublier la surverse et l’entretien. Une noue finit toujours par recevoir une pluie plus forte que celle du calcul. Règle : un trop-plein vers un exutoire sûr, un accès pour la tondeuse et un décompactage ou un curage environ tous les 10 ans (SEPIA).
Calcul : volume, longueur, terre végétale et camions
Exemple : un parking en enrobé de 800 m² raccordé à une noue d’infiltration, sur un terrain sans terre végétale réutilisable.
Volume à stocker
Le guide annexé par la préfecture des Ardennes retient un coefficient de ruissellement de 1 pour les voiries : toute la pluie ruisselle. Retenons une pluie de projet de 30 mm, hypothèse de calcul : la vôtre est fixée par les règles locales. Volume : 800 × 0,030 × 1 = 24 m³.
Longueur de la noue
Avec une section triangulaire de 0,30 m de profondeur et 4 m de largeur en gueule, la section vaut 0,30 × 4 ÷ 2 = 0,6 m². Longueur : 24 ÷ 0,6 = 40 m. Chaque berge descend de 0,30 m sur 2 m, soit environ 6,7 pour 1, plus doux que le repère de 3 pour 1. L’emprise atteint 40 × 4 = 160 m², soit 20 % du parking. Une emprise de 10 % (80 m²) ne stockerait que 80 × 0,15 = 12 m³ avec cette section, soit 15 mm de pluie.
Temps de vidange
Supposons une perméabilité mesurée de 10⁻⁵ m/s (hypothèse). Sur 160 m², le débit infiltré vaut 160 × 0,00001 = 0,0016 m³/s, soit 5,76 m³/h. La noue se vide en 24 ÷ 5,76 = 4,2 h environ, loin du maximum de 3 jours cité par l’Adopta. Le bureau d’études affine ce temps, car la surface mouillée diminue quand le niveau baisse.
Déblais et terre végétale
Il faut creuser la forme de la noue (24 m³) et la place de la couche de terre végétale : 160 × 0,30 = 48 m³. Total : 24 + 48 = 72 m³ de déblais en place. Avec un foisonnement de 25 à 30 %, ils occupent de 72 × 1,25 = 90 m³ à 72 × 1,30 = 93,6 m³ dans les bennes. Retenons 1,8 t/m³ en place, valeur courante que l’étude géotechnique précise : 72 × 1,8 = 129,6 t.
- En 8x4 (environ 17 t de charge utile, benne de 14 à 18 m³) : 129,6 ÷ 17 = 7,6, soit 8 rotations de 93,6 ÷ 8 = 11,7 m³ foisonnés au plus.
- En semi-benne (25 à 30 t en évacuation) : 129,6 ÷ 30 = 4,3 et 129,6 ÷ 25 = 5,2, soit 5 à 6 rotations si l’accès le permet.
Pour la terre végétale, retenons 1,3 t/m³, haut de la fourchette donnée pour une terre végétale sèche dans notre tableau des densités des matériaux : 48 × 1,3 = 62,4 t, soit 62,4 ÷ 17 = 3,7, donc 4 livraisons en 8x4.
Ces rotations peuvent se combiner : Koncrete livre la terre végétale cribleée en 8x4 et le même camion repart avec les déblais du chantier (double flux), vers la filière adaptée à leur qualité, par exemple une ISDI (installation de stockage de déchets inertes) pour des terres inertes. Moins de trajets à vide, un seul interlocuteur pour la matière et le transport.
Variante sur sol peu perméable
Si les essais révèlent un sol peu perméable, ajoutez une tranchée sous le fond, par exemple de 40 m × 0,60 m × 0,60 m = 14,4 m³ de grave 20/80. Avec un indice de vide de 30 %, bas de la fourchette de l’Adopta, elle stocke 14,4 × 0,30 = 4,3 m³ de plus. Retenons 1,5 t/m³ pour la grave en vrac, hypothèse que la fiche du fournisseur remplace : 14,4 × 1,5 = 21,6 t, soit 2 rotations en 8x4 ou une semi-benne (environ 30 t en livraison). Comptez 14,4 m³ de déblais en plus.
À retenir
- Faites réaliser au moins 3 essais d’infiltration au niveau du fond avant de choisir entre noue d’infiltration, noue sur tranchée ou noue étanche.
- Visez un fond quasi horizontal, des berges douces et au moins 30 cm de terre végétale peu argileuse, régalée sans compactage.
- Calculez volume, déblais et terre végétale jusqu’au nombre de camions avant de terrasser.
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Pour aller plus loin
- Bassin d’infiltration
- Tout savoir sur le géotextile
- Prix de la terre végétale au m3
- Drain : pose et granulats drainants
Sources
- Adopta, fiches techniques n°1 (noue d’infiltration) et n°2 (tranchée d’infiltration), août 2019 (prix en euros HT, valeur 2019), reproduites en annexe du zonage pluvial du Beauvaisis : beauvaisis.fr
- SEPIA Conseils pour Grand Chambéry, « Dispositifs (ouvrages) de gestion des eaux pluviales, fiches descriptives », mars 2020, fiche Noues et fossés : grandchambery.fr
- Grand Chambéry, Direction des eaux, étude de cas n°2 « Maison individuelle » : grandchambery.fr
- Graie, B. Chocat et E. Brelot, note sur la capacité d’infiltration des sols, septembre 2020 : graie.org
- Département du Val-de-Marne, fiches techniques du zonage pluvial (2014), fiches 2 et 3 sur les noues : drieat.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr
- « Les techniques alternatives de gestion des eaux pluviales », extrait publié en annexe par la préfecture des Ardennes : ardennes.gouv.fr
- Guide « Biodiversité et gestion de l’eau à la parcelle : les noues et fossés » : reseau-eau.educagri.fr
- INERIS, AIDA, nomenclature des opérations soumises à autorisation ou à déclaration (article R214-1 du Code de l’environnement), rubrique 2.1.5.0 : aida.ineris.fr
- DDTM du Var, doctrine relative à la rubrique 2.1.5.0 : var.gouv.fr
























































































