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La classification GTR range les sols selon leur nature (granulométrie, argilosité) et leur état hydrique pour dire s'ils peuvent être réemployés en remblai ou en couche de forme. La norme NF P11-300 de 1992 (classes A à F) a été remplacée en janvier 2025 par une version alignée sur l'Europe.
Un sol mal classé coûte cher. Un limon humide pris pour un sol stable donne un remblai qui tasse ou une plateforme qui orniérise sous les premiers camions. Le chantier découvre alors des purges et des apports hors budget. À l'inverse, un sol jugé inutilisable par excès de prudence part en décharge alors qu'un traitement aurait suffi. Lire correctement un code comme A2h ou F2h, c'est savoir avant le premier coup de godet ce que vous allez garder, traiter ou évacuer.
Qu'est-ce que la classification GTR des sols ?
GTR désigne le guide technique « Réalisation des remblais et des couches de forme », publié en 1992 puis revu en 2000. Il dit comment réemployer un sol en remblai (l'ouvrage en terre qui rehausse le terrain) ou en couche de forme (la couche qui donne sa portance à la plateforme sous une chaussée ou un dallage).
Sa classification des sols était fixée par la norme NF P11-300 de septembre 1992 : « classification GTR » et « classification NF P11-300 » désignent donc le même système de codes.
Deux paramètres pour un seul code
Chaque sol reçoit un code qui combine deux informations :
- Sa nature : taille des plus gros éléments, proportion de fines, argilosité. Elle change peu pendant le chantier.
- Son état hydrique : sa teneur en eau du moment, comparée à celle qui permet le meilleur compactage. Il change avec la météo et la saison.
Le GTR donne des règles de référence et des recommandations : le géotechnicien du projet décide des adaptations.
Une norme révisée en 2025
La NF P11-300 de 1992 est annulée. Elle est remplacée par la NF P11-300 de janvier 2025, intitulée « Terrassements, classification complémentaire des matériaux de terrassement ». Elle tient compte des normes européennes de terrassement NF EN 16907, dont la partie 2 introduit une nouvelle classification. Le guide a lui aussi été révisé : le GTR 2023, rédigé par l'IDRRIM et édité par le Cerema (collection « Les références », édition de mai 2023), intègre cette classification européenne. Pendant la transition, les deux systèmes de codes coexistent.
Une classe GTR décrit la nature d'un sol et son état hydrique du jour : le même limon peut être réemployable en été et inutilisable après une semaine de pluie.
Les classes de l'ancienne norme : A, B, C, D, R et F
La plupart des études de sol et des CCTP en circulation utilisent encore les codes de 1992.
Les six familles
- A, sols fins : plus de 35 % de passant au tamis de 80 µm (les « fines »). Le comportement du sol est alors celui de sa fraction fine.
- B, sols sableux et graveleux avec fines : 35 % de fines au plus, mais assez pour que le sol reste sensible à l'eau.
- C, sols comportant des fines et des gros éléments : des éléments de plus de 50 mm. Le code précise la nature de la fraction 0/50 mm, comme dans C1A2h.
- D, sols insensibles à l'eau : sables et graves propres, avec une valeur au bleu (VBS) de 0,1 au plus et 12 % de fines au plus.
- R, matériaux rocheux : de R1 (craie) à R6 (roches magmatiques et métamorphiques).
- F, matériaux particuliers : sols organiques et sous-produits industriels.
Les sous-classes des sols fins
Les sols fins sont découpés selon leur indice de plasticité (IP, l'écart entre les teneurs en eau où le sol passe de solide à plastique puis à liquide) ou leur valeur au bleu de méthylène (VBS, qui mesure la quantité et l'activité de l'argile) :
- A1 : IP de 12 au plus ou VBS de 2,5 au plus. Limons peu plastiques, loess.
- A2 : IP de 12 à 25 ou VBS de 2,5 à 6. Sables fins argileux, limons, argiles et marnes peu plastiques.
- A3 : IP de 25 à 40 ou VBS de 6 à 8. Argiles et argiles marneuses.
- A4 : IP au-delà de 40 ou VBS au-delà de 8. Argiles très plastiques, dont les conditions d'emploi relèvent d'une étude spécifique.
Les cinq états hydriques
La lettre minuscule qui termine le code donne l'état hydrique : th (très humide), h (humide), m (moyen, l'état idéal pour compacter), s (sec) et ts (très sec). Un code A2h se lit donc « sol fin peu plastique, humide ».
Ce qui change avec la NF P11-300 de 2025 et le GTR 2023
La nouvelle classification garde l'esprit de l'ancienne mais change les lettres et plusieurs seuils, ce qui bouscule les habitudes, comme le guide GTR 2023 le reconnaît lui-même.
Des lettres et des seuils nouveaux
- Les fines se mesurent au tamis de 63 µm et non plus de 80 µm. Le seuil de 35 % est conservé pour les sols fins.
- Le Dmax passe de 50 à 63 mm pour séparer les sols courants des sols à gros éléments (VC).
- Une longueur maximale de 250 mm (Lmax) sépare les sols des matériaux rocheux ou à blocs.
- Les sables et graves sont notés S et G, avec un coefficient d'uniformité (Cu) : la granulométrie est dite étalée si Cu vaut 6 ou plus.
- Un critère d'insensibilité à l'eau apparaît pour les matériaux granulaires : un indice CBR supérieur à 20 après 4 jours d'immersion.
- Les sols organiques forment une classe à part (O1, O2, O3) dès 2 % de matière organique.
Sur le terrain, les laboratoires donnent souvent les deux codes. Pour un matériau recyclé, le GTR 2023 indique d'abord sa famille (AR-A2 pour un béton concassé, AR-A5 pour un mélange de déconstruction), puis la classe de sol à laquelle il est assimilé (une grave G par exemple), qui fixe ses conditions d'emploi.
Le tableau de correspondance
Les roches changent aussi de symboles, inspirés de l'anglais (CH pour la craie, Li pour les calcaires). Les matériaux alternatifs sont regroupés en AR pour les recyclés du BTP, AM pour d'autres matériaux alternatifs comme les sables de fonderie et AN pour des matériaux naturels particuliers comme les schistes houillers.
Comment classer un sol de chantier : la méthode en 5 étapes
La classification ne se fait pas à l'œil : elle repose sur des essais de laboratoire simples.
- Prélevez par couche. Faites un échantillon par horizon de sol rencontré dans les sondages, sous la terre végétale. Notre article sur l'échantillonnage des sols de chantier détaille la méthode.
- Mesurez la granulométrie. Le laboratoire relève le Dmax (la taille des plus gros éléments) et le pourcentage de fines. Ces deux valeurs donnent la famille du sol.
- Mesurez l'argilosité. Sur les sols fins, l'indice de plasticité ou la valeur au bleu fixe la sous-classe. Sur les sables et graves, la valeur au bleu dit si le sol est sensible à l'eau : sous 0,1, aucune activité argileuse n'est mesurable ; au-delà de 0,2, la sensibilité à l'eau apparaît.
- Mesurez l'état hydrique au moment du terrassement. Trois indicateurs servent : le rapport entre la teneur en eau naturelle et la teneur en eau optimale de l'essai Proctor, l'indice de consistance et l'indice portant immédiat (IPI, qui mesure la capacité du sol à supporter la circulation des engins juste après compactage).
- Assemblez le code et lisez les conditions d'emploi. Les tableaux du GTR donnent, pour chaque classe et chaque état, les conditions de réemploi et de compactage.
Ce que l'état hydrique change concrètement
Selon le GTR 2023 :
- th, très humide : le sol n'est plus circulable. Son emploi en remblai demande une étude et des mesures d'assèchement.
- h, humide : réemploi possible avec des mesures particulières, comme l'aération mécanique, un traitement à la chaux ou aux liants hydrauliques, un compactage faible ou un usage limité aux remblais de faible hauteur.
- s, sec : réemploi possible avec un arrosage suivi d'un malaxage ou un surcompactage.
- ts, très sec : en général non réutilisable dans les conditions françaises courantes, sauf étude et humidification.
Avant de prévoir un traitement, le GTR recommande de contrôler que le sol réagit bien au liant : c'est l'objet de l'essai d'aptitude au traitement (norme NF P94-100), puis d'une étude de formulation.
Les erreurs à éviter
Erreur 1 : prendre la classe GTR pour un certificat d'inertie
La classe GTR décrit le comportement mécanique d'un sol, pas sa pollution. Un limon A1 peut contenir des hydrocarbures. Règle : l'arrêté du 12 décembre 2014 admet en ISDI sans procédure préalable les terres et cailloux non pollués, mais pas ceux d'un site contaminé. Au moindre doute (remblais anciens, activité industrielle, odeur suspecte), faites réaliser les analyses en lixiviation et en contenu total de son annexe II.
Erreur 2 : se fier à une teneur en eau mesurée des mois plus tôt
Une étude faite en été ne dit rien de l'état du sol en hiver : un A2m de l'étude peut arriver en A2h sur le chantier. Règle : faites mesurer l'état hydrique au moment des travaux, puis adaptez le réemploi au code réel.
Erreur 3 : mélanger les codes de 1992 et ceux de 2023
Les seuils diffèrent (fines à 80 ou à 63 µm, IP limité à 25 pour A2 contre 22 pour F2) : un sol à la limite peut changer de sous-classe. Règle : écrivez dans le CCTP la version de référence (GTR 1992 et 2000 ou GTR 2023) et demandez au laboratoire d'utiliser la même pour tous les essais du projet.
Calculer les matériaux d'apport et les déblais : exemple chiffré
Quand le sol en place est trop sensible à l'eau pour porter une plateforme, la solution courante est de le purger et de le remplacer par un matériau insensible à l'eau, par exemple une grave non traitée (GNT).
Les hypothèses
- Plateforme de 800 m² sur un sol A2h (F2h en GTR 2023).
- Épaisseur de substitution retenue : 0,40 m. Le bureau d'études fixe la vôtre selon la portance visée.
- GNT compactée : densité de 2,0 à 2,2 t/m³, soit 2,1 t/m³ en valeur moyenne.
- Sol purgé : retenons 1,8 t/m³ en place, valeur courante pour un limon humide ; la vôtre figure dans l'étude géotechnique.
Le matériau d'apport
Volume compacté : 800 × 0,40 = 320 m³. Tonnage de GNT : 320 × 2,1 = 672 t. En 8x4 (environ 17 t de charge utile) : 672 ÷ 17 = 39,5, soit 40 rotations. En semi-benne (environ 30 t en livraison) : 672 ÷ 30 = 22,4, soit 23 rotations. Notre article sur la densité de la GNT foisonnée ou compactée détaille la conversion.
Les déblais à évacuer
Volume en place : 320 m³. Avec un foisonnement de 25 à 30 %, le volume à charger passe à 320 × 1,25 = 400 m³ jusqu'à 320 × 1,30 = 416 m³. Tonnage : 320 × 1,8 = 576 t. En 8x4 : 576 ÷ 17 = 33,9, soit 34 rotations. Chaque 8x4 emporte 17 ÷ 1,8 = 9,4 m³ en place, soit environ 12 m³ foisonnés : sa benne de 14 à 18 m³ suffit. En semi-benne (25 à 30 t en évacuation) : 576 ÷ 30 = 19,2 et 576 ÷ 25 = 23,04, soit 20 à 24 rotations selon le chargement.
Ce chantier génère deux flux : 672 t à livrer et 576 t à évacuer. Koncrete peut livrer la GNT à prix ferme livré et évacuer les déblais vers la filière adaptée à leur qualité ; en double flux, le camion qui vient de livrer repart chargé, ce qui limite les trajets à vide.
Conseil de l'expert
Ne laissez jamais mélanger deux horizons dans un même échantillon. Un limon humide et une grave propre analysés ensemble donnent un code moyen qui ne correspond à aucun sol réel : vous risquez de réemployer le limon comme une grave. Un échantillon par couche, avec la profondeur notée sur le sac, évite ce piège.
À retenir
- Exigez sur chaque rapport le code complet et la version du GTR utilisée.
- Refaites mesurer l'état hydrique au moment du terrassement : c'est lui qui décide du réemploi le jour J.
- Pour un sol inapte en couche de forme, chiffrez la purge et l'apport ensemble, rotations comprises.
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Pour aller plus loin
- Couche de forme : rôle et matériaux
- Granulométrie et stabilité d'un sol
- Remblais : choisir le bon matériau
- Terres K1, K2, K3
Sources
- AFNOR, NF P11-300 (janvier 2025), « Terrassements, classification complémentaire des matériaux de terrassement », fiche de la norme et de la version annulée de septembre 1992 : boutique.afnor.org et norminfo.afnor.org, consultées le 13/10/2026.
- IDRRIM et Cerema, Guide des terrassements des remblais et des couches de forme (GTR 2023), fascicule 1, principes généraux, collection Les références, édition mai 2023 : dtrf.cerema.fr, consulté le 13/10/2026.
- T. Lambert (Cerema), présentation sur la révision du GTR, Journées techniques routes 2021 : jtr.univ-gustave-eiffel.fr, consulté le 13/10/2026.
- SQE, « Flash info : révision de la norme NF P 11-300 » : sqe.fr, consulté le 13/10/2026.
- Reproduction des tableaux de classification de la NF P11-300 de 1992 : CYPE, consultée le 13/10/2026.
- Arrêté du 12 décembre 2014 relatif aux conditions d'admission des déchets inertes (JO du 14 décembre 2014) : AIDA, INERIS, consulté le 13/10/2026.
- SMABTP, fiche « Utilisation des granulats recyclés » (travaux publics) : smabtp.fr, consultée le 13/10/2026.
























































































