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Une terre aux hydrocarbures ne peut plus aller en ISDI au-delà de 500 mg/kg d'hydrocarbures C10 à C40. Elle part alors en biocentre, en désorption thermique, en ISDND ou en ISDD selon ses analyses. Comptez de quelques dizaines à plusieurs centaines d'euros HT la tonne, plus la TGAP en stockage.
Une erreur de filière coûte cher dans les deux sens. Envoyer en ISDI une terre au fioul non analysée expose à un refus du chargement à l'entrée, à un retour à vide et à une responsabilité qui reste la vôtre : le producteur d'un déchet en répond jusqu'à son traitement final, même confié à un tiers (article L. 541-2 du code de l'environnement). À l'inverse, tout envoyer en ISDD « pour être tranquille » gonfle la facture : sur quelques centaines de tonnes, l'écart se compte en dizaines de milliers d'euros. Le bon réflexe tient en deux mots : analyser, puis trier.
Quand une terre aux hydrocarbures devient-elle polluée ?
L'odeur de gazole ou un horizon noirci ne suffisent pas à classer une terre. Ce sont les analyses en laboratoire qui décident, lot par lot. Une terre excavée qui quitte le chantier devient un déchet : son exutoire dépend des teneurs mesurées.
Le seuil de 500 mg/kg pour l'ISDI
L'ISDI (installation de stockage de déchets inertes) n'admet pas directement des terres provenant d'un site contaminé. L'exploitant applique alors une procédure d'acceptation préalable fondée sur l'annexe II de l'arrêté du 12 décembre 2014. Les valeurs limites en contenu total y sont de 500 mg/kg de matière sèche pour les hydrocarbures C10 à C40 (les hydrocarbures dits totaux, de la coupe gazole aux huiles), 6 mg/kg pour les BTEX (benzène, toluène, éthylbenzène, xylènes), 50 mg/kg pour les HAP et 1 mg/kg pour les PCB. S'y ajoutent des essais de lixiviation, qui mesurent ce que l'eau entraîne hors de l'échantillon. C'est ce que contrôle l'analyse dite « pack ISDI ».
Non dangereuse ou dangereuse : le classement
Au-dessus des seuils ISDI, la terre reste un déchet non dangereux (code 17 05 04, souvent appelée K2 sur les chantiers) tant qu'elle ne présente aucune des propriétés de danger HP 1 à HP 15 du droit européen. Si elle en présente une, elle devient un déchet dangereux codé 17 05 03* (« terres et cailloux contenant des substances dangereuses »), dite K1. Aucun seuil unique en hydrocarbures ne fait basculer une terre : le classement s'appuie sur les substances identifiées par le laboratoire et sur la méthode décrite par l'INERIS dans son guide sur les propriétés HP. Faites valider ce classement par votre bureau d'études.
Sur 360 t de terres au fioul, trier entre biocentre et ISDD plutôt que tout stocker économise près de 32 500 € HT avant transport.
Quelles filières pour des terres aux hydrocarbures ?
Quatre exutoires reçoivent les terres trop chargées pour l'ISDI. Le choix dépend de la nature des hydrocarbures et du classement du lot.
Le biocentre : traiter plutôt que stocker
Un biocentre est une plateforme où des bactéries dégradent les hydrocarbures dans des tas aérés et humidifiés, appelés biotertres. L'étude réalisée pour l'ADEME sur les filières de traitement indique que les traitements biologiques fonctionnent bien sur les polluants organiques, en particulier les hydrocarbures. Ils réussissent d'autant mieux que la coupe est légère : le BRGM rappelle que la biodégradabilité diminue quand le nombre d'atomes de carbone augmente. Un gazole, dont les chaînes comptent de 11 à 25 atomes de carbone, s'y prête bien. Des huiles lourdes ou des goudrons beaucoup moins. En 2012, environ 11 % des tonnages de terres polluées recensés par l'ADEME passaient par un biocentre.
La désorption thermique pour les pollutions résistantes
La terre est chauffée pour extraire les polluants organiques, qui sont ensuite captés et traités. Cette filière vise ce que les bactéries dégradent mal. Elle coûte plus cher que le biocentre, mais elle évite le stockage d'une terre lourdement chargée.
L'ISDND et l'ISDD : stocker en dernier recours
L'ISDND (installation de stockage de déchets non dangereux) reçoit les terres non dangereuses non inertes. L'ISDD (installation de stockage de déchets dangereux) reçoit les terres classées 17 05 03*. Le stockage ne détruit pas la pollution : il la confine. Les deux supportent la TGAP, la taxe générale sur les activités polluantes.
Combien coûte chaque filière ? Repères de prix et TGAP 2026
Il n'existe pas de barème national public. Les fourchettes de référence les plus complètes viennent de l'étude réalisée pour l'ADEME sur les données 2012, publiée en 2014. Elles sont exprimées en euros HT par tonne, hors TGAP :
- ISDI : 3 à 40 €/t ;
- biocentre (traitement biologique hors site) : 45 à 140 €/t ;
- désorption thermique hors site : 80 à 150 €/t ;
- ISDND : 24 à 150 €/t ;
- ISDD : 130 à 350 €/t.
Ces valeurs ont plus de dix ans. L'analyse coûts-bénéfices du BRGM sur les prix 2009 donnait des ordres de grandeur proches : 50 à 80 €/t pour un biotertre hors site et 60 à 110 €/t pour la désorption thermique, hors excavation, transport et TGAP. Des chiffres sectoriels de 2023, repris par le site Réglementation Environnement, situent l'ISDND entre 60 et 80 € HT la tonne et l'ISDD entre 100 et plus de 150 € HT, avant la hausse de la TGAP. Gardez ces ordres de grandeur pour arbitrer, puis demandez la grille de chaque exutoire.
Ce qui fait varier le prix
- La filière : le biocentre n'est pas concerné par la TGAP déchets, qui vise le stockage et le traitement thermique (Service-Public).
- La TGAP 2026 : 69 €/t en stockage de déchets non dangereux et 30,36 €/t en stockage de déchets dangereux, pour les déchets reçus depuis le 19 février 2026 selon la FNTP. Paradoxe : la taxe est plus faible en ISDD qu'en ISDND. C'est le prix du stockage lui-même qui rend l'ISDD plus chère.
- Les teneurs : plus la terre est chargée, plus le traitement est long. Un centre refuse un lot qui dépasse ses limites d'acceptation.
- Les indésirables : blocs, ferrailles et morceaux de cuve compliquent le traitement. Triez-les avant le chargement.
- La distance : le transport se paie à la rotation. Un centre moins cher mais éloigné peut annuler l'écart.
Exemple chiffré : 200 m3 de terres au fioul
Prenons le terrassement d'une ancienne chaufferie : 1 500 m3 de déblais au total, dont 200 m3 en place touchés par une fuite de fioul. Les analyses par maille donnent 120 m3 non dangereux mais au-dessus de 500 mg/kg d'hydrocarbures et 80 m3 classés dangereux.
Tonnage et rotations
Retenons une masse volumique de 1,8 t/m3, valeur courante pour une terre en place ; la vôtre figure dans l'étude géotechnique (voir notre article sur le poids d'1 m3 de terre).
- Biocentre : 120 × 1,8 = 216 t.
- ISDD : 80 × 1,8 = 144 t.
- Total : 360 t.
Avec un foisonnement de 25 à 30 %, les 200 m3 en place occupent 250 à 260 m3 une fois chargés. Une semi-benne emporte 25 à 30 t en évacuation. Vers le biocentre : 216 ÷ 30 = 7,2 et 216 ÷ 25 = 8,6, soit 8 à 9 rotations. Vers l'ISDD : 144 ÷ 30 = 4,8 et 144 ÷ 25 = 5,8, soit 5 à 6 rotations. Les deux flux ne partagent jamais la même benne.
Coût de traitement, hors transport
Retenons pour l'exemple 80 €/t en biocentre et 200 €/t en ISDD hors TGAP, deux valeurs situées dans les fourchettes de l'ADEME. Votre devis fait foi.
- Scénario trié : 216 × 80 = 17 280 € en biocentre. 144 × (200 + 30,36) = 33 171,84 € en ISDD. Total : 50 451,84 € HT.
- Scénario « tout en ISDD » : 360 × 230,36 = 82 929,60 € HT.
L'écart atteint 32 477,76 € HT, soit 39 % de moins pour le scénario trié, avant même le transport. Ce gain repose entièrement sur la précision des analyses et sur une excavation qui respecte les limites des zones.
Pour obtenir le coût complet, ajoutez le transport des 13 à 15 rotations calculées plus haut, au tarif de chaque exutoire, ainsi que le coût des analyses par maille. Un ISDD éloigné peut creuser l'écart, un biocentre proche peut le réduire.
Comment réduire la facture sans prendre de risque ?
- Délimitez avant de terrasser. Faites analyser par maille, puis piquetez les zones touchées. Une pelle qui mêle 50 m3 pollués à 500 m3 sains envoie tout le lot vers la filière la plus chère.
- Ne diluez jamais. Mélanger des terres pour passer sous les seuils est interdit par l'article 4 de l'arrêté du 12 décembre 2014.
- Excavez en sélectif et stockez par lot. Un tas par classement, sur bâche, couvert et identifié jusqu'au départ.
- Traitez avant de stocker. Pour une coupe légère, comparez le biocentre à l'ISDND en ajoutant les 69 €/t de TGAP à cette dernière.
- Comparez les prix rendus. Additionnez traitement, taxe et transport pour chaque exutoire. Koncrete vous donne ce total en prix ferme pour l'évacuation de vos terres.
Responsabilité et traçabilité
Le producteur reste responsable de ses terres jusqu'au traitement final (article L. 541-2). Abandonner des déchets ou les remettre à quelqu'un d'autre que l'exploitant d'une installation agréée est puni de quatre ans d'emprisonnement et de 150 000 € d'amende (article L. 541-46, peines doublées par la loi du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte). Les terres dangereuses voyagent avec un bordereau de suivi des déchets dangereux (BSDD), dématérialisé sur Trackdéchets depuis le 1er janvier 2022. Conservez les résultats d'analyses, l'acceptation préalable de l'exutoire et les bons de pesée.
L'avis de Koncrete
Sur un chantier où se côtoient terres saines, terres non dangereuses et terres dangereuses, chaque flux a son exutoire et son camion. Koncrete organise l'évacuation des trois catégories avec traçabilité réglementaire, en semi-benne ou en porteur 8x4, à partir de 8 t, avec un prix ferme. Planifiez les rotations par lot dès les résultats d'analyses : une benne ne doit jamais mélanger deux classements.
À retenir
- Faites analyser chaque lot avant de choisir : 500 mg/kg d'hydrocarbures C10 à C40 séparent l'ISDI des autres filières.
- Envoyez les coupes légères comme le gazole en biocentre plutôt qu'en stockage soumis à la TGAP.
- Excavez en sélectif : chaque mètre cube sain mêlé à une terre polluée se paie au prix de la filière la plus chère.
Pour chiffrer l'évacuation de vos terres lot par lot avec un prix ferme, faites votre demande sur app.koncrete.fr.
Pour aller plus loin
- ISDI, ISDND, ISDD : quelles différences
- Terres K1, K2, K3 : la classification
- Coût de mise en décharge par déchet
- Combien coûte l'évacuation de terre au m3
Sources
- Arrêté du 12 décembre 2014 relatif aux conditions d'admission des déchets inertes dans les installations relevant des rubriques 2515, 2516, 2517 et 2760 (JO du 14 décembre 2014), texte sur AIDA (INERIS) : aida.ineris.fr, consulté le 13/10/2026.
- Arrêté du 4 juin 2021 fixant les critères de sortie du statut de déchet pour les terres excavées et sédiments, texte sur AIDA (INERIS) : aida.ineris.fr, consulté le 13/10/2026.
- ADEME (Ernst & Young), Taux d'utilisation et coûts des différentes techniques et filières de traitement des sols et des eaux souterraines pollués en France, données 2012, octobre 2014 : rapport (copie UPDS).
- BRGM, Quelles techniques pour quels traitements : analyse coûts-bénéfices, rapport BRGM/RP-58609-FR, juin 2010 : infoterre.brgm.fr.
- BRGM, État des connaissances sur l'atténuation naturelle des hydrocarbures, rapport BRGM/RP-53739-FR, 2005 : infoterre.brgm.fr.
- INERIS, guide de classification réglementaire des déchets (propriétés HP), rapport 227377-2711251, version 2.0 du 22/11/2024 : aida.ineris.fr.
- Service-Public Entreprendre, fiche F23497 sur la TGAP (vérifiée le 17/04/2026) : entreprendre.service-public.gouv.fr.
- FNTP, TGAP 2026 : les montants sont publiés, 23/02/2026 : fntp.fr.
- Code de l'environnement, articles L. 541-2 et R. 541-43-1, fiches OPPBTP : L. 541-2, R. 541-43-1.
- Sénat, question écrite n° 08950 de M. Olivier Bitz publiée le 28/05/2026 (peines de l'article L. 541-46 relevées par la loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023) : senat.fr.
- Lefebvre Dalloz Formation, Loi industrie verte : quels changements pour les entreprises ? (article 7, sanctions de l'article L. 541-46) : formation.lefebvre-dalloz.fr.
- FFB, Traçabilité des déchets dangereux et des déchets d'amiante, 18/01/2022 : ffbatiment.fr.
- FFB, Traçabilité des terres excavées : migration du RNDTS vers Trackdéchets, 02/09/2025 : ffbatiment.fr.
- Réglementation Environnement, Terres excavées polluées : ce que doit faire un BTP en 2026, 30/04/2026 : reglementation-environnement.com.
























































































