Sommaire 0 parties
Le PV de réception de chantier est l'acte par lequel le maître d'ouvrage accepte les travaux, avec ou sans réserves (article 1792-6 du Code civil). Sa date fait courir la garantie de parfait achèvement, la biennale et la décennale. Un défaut visible non réservé est réputé accepté.
Sur un chantier de VRD ou de terrassement, la réception se signe souvent en fin de journée, sur le capot d'une voiture, avec un maître d'ouvrage pressé d'ouvrir le parking. Une bordure descellée oubliée dans le PV devient un défaut accepté : l'entreprise n'a plus à la reprendre au titre de la garantie de parfait achèvement. Côté entreprise, un PV jamais signé laisse la retenue de garantie bloquée, les garanties sans point de départ clair et la garde de l'ouvrage à sa charge.
Que disent les textes sur la réception des travaux ?
Le socle : l'article 1792-6 du Code civil
Le Code civil pose la définition : « La réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserves. » Elle intervient à la demande de la partie la plus diligente, à l'amiable ou, à défaut, en justice. Elle est dans tous les cas prononcée contradictoirement : chaque partie doit avoir été convoquée. L'absence d'une entreprise valablement convoquée n'empêche pas la réception (Cour de cassation, 3e chambre civile, 7 mars 2019, n° 18-12.221).
Deux conséquences pratiques en découlent. D'abord, une déclaration d'achèvement ou un constat dressé entre l'entreprise et le maître d'œuvre ne vaut pas réception : il faut l'acceptation du maître d'ouvrage. Ensuite, le PV écrit reste la meilleure preuve, à condition d'être daté et signé par le maître d'ouvrage.
Le rôle de chacun est détaillé dans notre article sur la relation entre maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'œuvre.
Marchés publics : le CCAG Travaux 2021
Pour un marché public qui s'y réfère, la procédure suit l'article 41 du CCAG Travaux approuvé par l'arrêté du 30 mars 2021. Elle commence par les opérations préalables à la réception (OPR) : une visite contradictoire où le maître d'œuvre constate l'état des ouvrages et relève les imperfections. L'article 42 prévoit aussi des réceptions partielles.
Marchés privés : le contrat et la norme NF P03-001
En marché privé, la procédure dépend du contrat. Beaucoup de marchés de bâtiment renvoient à la norme NF P03-001 (version 2017), le cahier des clauses administratives générales des marchés privés. Elle ne s'applique que si le marché s'y réfère. Le contrat peut aussi y déroger. Elle fixe des délais de convocation et de levée des réserves : relisez-les avant la fin du chantier.
Un défaut visible non écrit au PV de réception est un défaut accepté : la réception sans réserve purge les vices apparents.
Qui organise la réception et dans quels délais ?
Les rôles de chacun
L'entreprise déclenche la procédure en annonçant par écrit la date d'achèvement, réelle ou prévue. Le maître d'œuvre organise la visite, dresse le PV des OPR et propose une décision. Le maître d'ouvrage, seul, prononce la réception. Sans maître d'œuvre, envoyez la demande au client par lettre recommandée avec accusé de réception pour dater le point de départ.
Le calendrier du CCAG Travaux 2021, exemple à l'appui
Prenons un marché public de voirie. L'avis de l'entreprise, qui annonce des travaux achevés le jour même, est reçu par le maître d'œuvre le jeudi 5 novembre 2026. Les délais de l'article 41 s'enchaînent ainsi :
- OPR dans les 20 jours suivant la réception de l'avis : au plus tard le mercredi 25 novembre 2026 (5 novembre + 20 jours).
- Les OPR ont lieu le mercredi 18 novembre. Le PV est dressé sur-le-champ et signé par le maître d'œuvre et l'entreprise.
- Le maître d'œuvre indique à l'entreprise, dans les 5 jours, s'il propose la réception et avec quelles réserves : au plus tard le lundi 23 novembre.
- Le maître d'ouvrage notifie sa décision dans les 30 jours suivant la date du PV : au plus tard le vendredi 18 décembre 2026.
Si le maître d'œuvre ne fixe pas la date des OPR, l'entreprise prévient le maître d'ouvrage, qui a 30 jours pour la fixer, faute de quoi la réception est réputée acquise. Si le maître d'ouvrage ne décide rien dans les 30 jours suivant le PV, les propositions du maître d'œuvre s'imposent aux deux parties. Point clé : la réception prend effet à la date d'achèvement retenue dans la décision, pas à la date de signature. Retenons ici le jeudi 5 novembre 2026, date d'achèvement constatée aux OPR.
Réception amiable, tacite ou judiciaire : laquelle viser ?
La réception amiable par PV reste la seule qui fixe une date incontestable. Les autres formes servent à débloquer une situation.
La Cour de cassation juge que la prise de possession de l'ouvrage et le paiement des travaux font présumer la volonté non équivoque du maître d'ouvrage de le recevoir (3e chambre civile, 18 avril 2019, n° 18-13.734). C'est une présomption simple : elle tombe si la volonté du maître d'ouvrage de ne pas recevoir l'ouvrage est établie. Compter sur elle revient à laisser un juge fixer après coup la date des garanties.
Ne confondez pas réception sous réserves et réception avec réserves : la première vise des prestations non exécutées ou des épreuves impossibles le jour J, la seconde des malfaçons.
Comment rédiger des réserves qui tiennent ?
Une réserve signale au PV une malfaçon ou une imperfection imputable à l'entreprise. Pour être levée sans discussion, elle doit être comprise par quelqu'un qui n'était pas à la visite.
Ce que le PV doit contenir
- l'identité du maître d'ouvrage, du maître d'œuvre et de l'entreprise, le lot et la référence du marché ;
- la date de la visite et la date d'achèvement retenue ;
- la décision : réception sans réserve, avec réserves ou refus motivé ;
- la liste numérotée des réserves, chacune localisée (profil, axe, numéro de regard, angle de bâtiment) et décrite ;
- le délai de levée de chaque réserve ;
- les signatures et la liste des pièces jointes : photos, plans, résultats d'essais.
Les réserves typiques d'un chantier de terrassement ou de VRD
Notez ce que vous constatez, pas ce que vous supposez : « flache de 2 m² en pied de rampe, eau stagnante après arrosage » vaut mieux que « problème d'écoulement ». Les réserves portent souvent sur les pentes et la planéité des chaussées et des plateformes, les bordures et caniveaux, les tampons de regards mal calés, le nettoyage du site et le repli des installations. Un document manquant (plans de récolement, essais de compactage, dossier des ouvrages exécutés ou DOE) se note au PV comme une bordure cassée.
Les défauts que personne ne voit le jour J
La réception sans réserve couvre les défauts apparents, c'est-à-dire visibles lors de la visite. Le caractère apparent s'apprécie selon les compétences du maître d'ouvrage : une collectivité assistée d'un maître d'œuvre voit plus qu'un particulier. Un défaut caché n'est pas purgé. Il relève, selon sa gravité et sa date d'apparition, de la garantie de parfait achèvement, de la biennale ou de la décennale.
Conseil de l'expert
Faites la visite avec le plan de récolement en main. Pour chaque réserve, prenez une photo qui inclut un repère fixe (numéro de regard, borne, angle de bâtiment) et reportez le numéro de la réserve sur le plan. Le jour de la levée, refaites la même photo au même endroit : vous obtenez une preuve avant et après que personne ne peut contester.
Quelles garanties démarrent à la réception ?
La réception est le point de départ de trois garanties légales prévues par le Code civil :
- la garantie de parfait achèvement (article 1792-6), un an : l'entreprise répare tous les désordres réservés au PV ou notifiés par écrit dans l'année, sauf ceux dus à l'usure normale ou à l'usage ;
- la garantie de bon fonctionnement (article 1792-3), deux ans : elle couvre les éléments d'équipement dissociables, comme une robinetterie ;
- la responsabilité décennale (article 1792), dix ans : elle couvre les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, y compris ceux dus à un vice du sol.
En marché public, le CCAG Travaux 2021 fixe aussi un délai de garantie contractuel d'un an à compter de la date d'effet de la réception (article 44.1). Le Conseil d'État a précisé que, sauf clause contraire du marché, ce délai court dès la date d'effet de la réception, même prononcée avec réserves ou sous réserve d'épreuves (13 décembre 2024, n° 489720).
La retenue de garantie
La retenue de garantie sert à payer la levée des réserves si l'entreprise fait défaut. En marché privé, la loi n° 71-584 du 16 juillet 1971 la plafonne à 5 % du prix convenu. Elle doit être prévue au contrat. L'entreprise peut la remplacer par une caution personnelle et solidaire d'un établissement financier. Les sommes sont libérées un an après la réception, avec ou sans réserves, sauf opposition motivée du maître d'ouvrage par lettre recommandée avec accusé de réception. La retenue ne garantit que les réserves : elle ne peut pas être conservée pour des pénalités de retard ni pour des désordres apparus après la réception (Cour de cassation, 3e chambre civile, 19 mars 2013, n° 12-11798 ; 1er mars 2011, n° 09-72334).
En marché public, l'article R2191-33 du Code de la commande publique la plafonne à 5 % du montant initial du marché, augmenté des modifications en cours d'exécution. Le plafond descend à 3 % quand le titulaire est une PME et que l'acheteur est soit l'État, soit un établissement public administratif de l'État (hors santé), une collectivité territoriale, un de ses établissements publics ou un groupement de collectivités dont les charges ou dépenses de fonctionnement dépassent 60 millions d'euros. Pour les collectivités, ce taux vaut pour les consultations lancées depuis le 1er janvier 2025 (décret n° 2024-1251 du 30 décembre 2024).
Exemple : pour un marché de 180 000 €, la retenue maximale est de 180 000 × 5 % = 9 000 €. Si l'entreprise est une PME titulaire d'un marché de l'État, le plafond passe à 180 000 × 3 % = 5 400 €.
Que se passe-t-il si les réserves ne sont pas levées ?
Ce que prévoit le Code civil
L'article 1792-6 prévoit que les délais de reprise sont fixés d'un commun accord par le maître d'ouvrage et l'entreprise. Faute d'accord ou si le délai n'est pas tenu, le maître d'ouvrage peut, après une mise en demeure restée sans effet, faire exécuter les travaux aux frais et risques de l'entreprise défaillante. L'exécution des reprises se constate d'un commun accord ou, à défaut, par le juge.
Ce que prévoit le CCAG Travaux 2021
L'entreprise remédie aux imperfections dans le délai fixé par le maître d'ouvrage. Si la décision n'en fixe aucun, la limite est de trois mois avant l'expiration du délai de garantie (article 41.6). Dans notre exemple (effet au 5 novembre 2026), le délai de garantie expire le 5 novembre 2027 : réserves levées au plus tard le 5 août 2027. Faute de levée, le maître d'ouvrage peut faire réaliser les travaux aux frais et risques de l'entreprise après mise en demeure. Il peut aussi prolonger le délai de garantie jusqu'à l'exécution complète des reprises (article 44.2).
Pour des imperfections mineures qui n'affectent ni la sécurité, ni le comportement, ni l'utilisation de l'ouvrage, le maître d'ouvrage peut proposer une réfaction, c'est-à-dire une réduction de prix (article 41.7). Si l'entreprise l'accepte, la réception est prononcée sans réserve sur ce point.
Formaliser chaque levée
Chaque réserve levée doit être constatée par écrit : PV de levée des réserves signé ou mention datée et signée sur le PV initial. Un désordre réservé reste à la charge de l'entreprise qui l'a causé : l'assurance décennale ne prend pas le relais tant que la réserve n'est pas levée.
À retenir
- Faites signer un PV daté par le maître d'ouvrage : sa date d'effet lance les garanties et le compte à rebours de la retenue.
- Rédigez chaque réserve avec un lieu, une description et un délai de levée, photos et plans en annexe.
- Faites constater chaque levée par écrit. En marché public, une réserve sans délai fixé doit être levée trois mois avant la fin du délai de garantie.
Pour vos prochains chantiers, granulats et évacuations se commandent au même endroit sur app.koncrete.fr.
Pour aller plus loin
- Comment chiffrer au mieux votre chantier
- Gestion des déblais : 5 erreurs coûteuses
- Terrassement terrain : étapes, prix et conseils
- Couche de forme : rôle et matériaux
Sources
- Code civil, article 1792-6, texte cité par la MACSF (réception des travaux)
- SMABTP, « La réception des travaux » (mai 2014)
- BJ Avocat, « La garantie du parfait achèvement » (21 septembre 2020), article 1792-6 alinéas 2 à 5
- Cour de cassation, 3e chambre civile, 7 mars 2019, n° 18-12.221, commentaire La Lettre des Réseaux
- Verspieren, fiche pratique « La réception de l'ouvrage »
- Arrêté du 30 mars 2021 portant approbation du CCAG Travaux, article 41 (marche-public.fr)
- CCAG Travaux 2021, article 41 (code-commande-publique.com)
- CCAG Travaux 2021, article 44
- FFB, « CCAG-Travaux : réception avec réserves ou réception sous réserves » (27 septembre 2023)
- Conseil d'État, 13 décembre 2024, n° 489720
- Cour de cassation, 3e chambre civile, 18 avril 2019, n° 18-13.734, commentaire Eurojuris (28 août 2019)
- Cour de cassation, 3e chambre civile, 12 octobre 2017, n° 15-27802, ANIL
- Cour de cassation, 3e chambre civile, 2 février 2017, n° 14-19.279, commentaire La Lettre des Réseaux
- Loi n° 71-584 du 16 juillet 1971 (retenue de garantie), Le Mag Juridique (9 juin 2022)
- Retenue de garantie en marché privé et arrêts du 19 mars 2013 (n° 12-11798) et du 1er mars 2011 (n° 09-72334), Actu-Juridique (6 juin 2016)
- Code de la commande publique, article R2191-33, modifié par le décret n° 2024-1251 du 30 décembre 2024
- Banque des Territoires (Localtis), « Simplification de la commande publique : un décret ouvre timidement le chantier » (13 janvier 2025)
- Norme NF P03-001 (2017), procédure de réception des marchés privés, Novlaw (6 juin 2025)
























































































