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Choisissez une roche locale, solide et résistante au gel, puis triez-la par rôle : grosses pierres en fondation, pierres à face plane en parement, boutisses pour lier les deux faces. Donnez au mur une largeur d'environ un tiers de sa hauteur et un fruit vers le terrain.
Un mur en pierres sèches tient sans mortier, par son seul poids et par l'imbrication des pierres. Une pierre mal posée ne se rattrape pas plus haut. Un joint vertical aligné sur plusieurs rangs, une pierre qui penche vers l'extérieur ou un remblai mal compacté suffisent à faire bomber le parement. Sur un mur de soutènement, ce ventre peut finir en chute de pierres sur le chemin ou le jardin en contrebas. Il faut alors démonter la zone touchée et la remonter à la main, pierre par pierre. Le bon choix des pierres et le respect de quelques règles de dimensionnement évitent cette reprise.
Quelles pierres choisir pour un mur en pierres sèches ?
Le choix se fait en deux temps : la roche d'abord, puis la forme de chaque pierre. La pierre locale reste la meilleure option. Elle s'accorde au paysage et sa tenue au climat du site est déjà connue grâce aux murs anciens du secteur. La fiche technique du canton de Vaud (2021) demande des pierres solides et résistantes au gel.
La nature de la roche
Calcaire, schiste, granit, grès, gneiss ou basalte : la plupart des roches conviennent si elles ne se délitent pas. Les Règles professionnelles de la pierre sèche, éditées en 2017, proposent 144 abaques de dimensionnement (tableaux qui donnent l'épaisseur selon la hauteur et le terrain) pour 4 types de pierre. La densité change d'une roche à l'autre. Elle fait varier le tonnage à commander pour un même mur. Un guide d'entretien publié au Luxembourg en 2020 donne ces valeurs :
- calcaire : 2,4 à 2,7 t/m³ ;
- schiste : 2,7 à 2,8 t/m³ ;
- grès : 1,9 à 2,6 t/m³ selon la région.
Écartez les pierres gélives, c'est-à-dire celles qui absorbent l'eau puis éclatent quand elle gèle. Le CAUE de Midi-Pyrénées cite le délitage de la pierre par le gel, dans ses micro-fissures, parmi les désordres de ces murs. Demandez au fournisseur l'origine exacte de la pierre. Observez ensuite l'état des murs anciens bâtis avec la même roche dans la commune : c'est le meilleur essai en grandeur réelle.
La forme et la taille selon le rôle
Un mur en pierres sèches utilise presque toutes les pierres, à condition de placer chacune au bon endroit. Le cahier technique rédigé par l'ABPS (Artisans bâtisseurs en pierres sèches) pour le Parc naturel régional du Haut-Languedoc en 2023 fixe cette répartition :
- les pierres les plus grosses et les plus résistantes en fondation et à la base du mur ;
- les pierres moyennes dans le corps du mur ;
- les petites pierres pour le calage et le drainage ;
- les grandes pierres régulières pour le couronnement, le rang qui ferme le haut du mur.
Le parement est la face visible du mur. La fourrure est le remplissage de pierres placé entre les deux faces. Les boutisses sont des pierres longues posées perpendiculairement au parement : elles lient la face au cœur du mur. La boutisse parpaigne traverse toute l'épaisseur et se voit des deux côtés. Sans ces liaisons, le parement se décolle et finit par tomber.
Un mur en pierres sèches tient par son poids et par le tri des pierres : chaque pierre a sa place, de la fondation au couronnement.
Épaisseur, fruit et fondation : les règles de dimensionnement
Épaisseur : la règle du tiers
Pour un mur de soutènement, la règle simple donne une largeur égale au tiers de la hauteur finale. Le guide pratique luxembourgeois retient une largeur plus prudente, égale à la moitié de la hauteur. La FFB rappelle que ce dimensionnement empirique a longtemps servi avant les Règles professionnelles. Ces règles ont été validées en 2016 par la Commission Prévention Produits de l'Agence Qualité Construction, puis éditées en 2017 par l'ABPS pour les murs de soutènement accessoires au bâtiment. Pour un mur de clôture, qui ne retient pas de terre, la fiche du canton de Vaud limite la hauteur au double de la largeur.
Au-delà d'un simple muret de jardin, faites dimensionner le mur par une entreprise qui applique les abaques des Règles professionnelles. La poussée des terres dépend du sol retenu, de sa pente et de l'eau qu'il contient : la règle du tiers ne le voit pas.
Fruit : incliner le mur vers le terrain
Le fruit est l'inclinaison du parement vers l'arrière. Il fait travailler le mur en appui contre le terrain au lieu de le laisser basculer. Le Département du Lot et le cahier du Haut-Languedoc retiennent 5 cm par mètre de hauteur. Un guide pratique luxembourgeois parle de 8 à 15 %. La fiche vaudoise admet de 5 à 30 cm par mètre pour un mur de soutènement. L'écart s'explique : le fruit augmente avec la hauteur du mur, avec l'irrégularité des pierres et avec l'instabilité du terrain retenu. Le fruit ne s'obtient jamais en inclinant les pierres vers l'extérieur, comme le rappelle le Département du Lot.
Fondation : creuser jusqu'au bon sol
La fondation reçoit les plus grosses pierres. Creusez jusqu'à un sol compact. Inclinez le fond de fouille vers le terrain, perpendiculairement au fruit, comme le demande le cahier du Haut-Languedoc. Ce même cahier prévoit un empattement de 5 à 20 cm de part et d'autre du mur : la base déborde du corps du mur pour mieux répartir la charge. Pour un mur de soutènement, la fiche du canton de Vaud demande une marche d'au moins 40 cm de profondeur et un lit de gravier d'environ 10 cm. Sur un rocher sain, le Département du Lot indique qu'aucune fouille n'est nécessaire.
Construire le mur étape par étape
- Implantez le mur : tendez un cordeau entre deux chevrons plantés au fruit choisi. Il guide chaque assise.
- Creusez la fondation jusqu'au bon sol, inclinée vers le terrain. Stockez les déblais à l'écart de la zone de tri.
- Triez toutes les pierres par taille et par rôle avant la première pose.
- Posez la fondation avec les plus grosses pierres. Calez-les pour qu'elles ne pivotent pas.
- Montez le parement et le cœur du mur ensemble, assise par assise, sur toute la longueur. Ne montez jamais une face seule.
- Inclinez chaque pierre vers l'intérieur, perpendiculairement au fruit. Le cahier du Haut-Languedoc insiste sur ce point pour les deux tiers inférieurs d'un mur de soutènement. Le tiers supérieur, moins chargé, peut être posé à plat.
- Croisez les joints : chaque pierre recouvre le joint des deux pierres posées en dessous.
- Placez les boutisses régulièrement. Le guide luxembourgeois en compte une par mètre linéaire, avec un nouveau rang tous les 50 à 70 cm de hauteur, en quinconce.
- Remplissez le drainage à l'arrière au fur et à mesure : pierraille ou gravier drainant, indépendant du mur. Compactez le remblai par couches de 20 cm.
- Fermez le mur par le couronnement : de grandes pierres épaisses qui chargent les assises du dessous et limitent l'entrée des fines dans le mur.
La FFB signale qu'au-delà de 50 kg, les pierres se manipulent au chargeur ou à la mini-pelle. Prévoyez l'engin dès l'implantation si la fondation en comporte beaucoup. Si le terrain retenu est très humide, la fiche vaudoise conseille un drain au pied du mur. Notre guide sur la façon de réaliser un drainage détaille les granulats à utiliser.
Conseil de l'expert
Avant la première pose, étalez tout le stock au sol en cinq tas : fondation, parement, boutisses, calage, couronnement. Mettez de côté dès ce tri les grandes pierres épaisses du couronnement. Ce sont les plus rares. Sur un chantier pressé, elles disparaissent dans le corps du mur et il n'en reste plus pour fermer le haut.
Les erreurs à éviter
- Le coup de sabre. Des joints verticaux alignés sur plusieurs assises créent une ligne de rupture : le mur s'ouvre en deux à cet endroit. Règle : chaque joint est recouvert par une pierre de l'assise supérieure.
- Les pierres en chandelle. Une pierre plate posée debout bascule dès que la charge augmente (seul l'opus clavé, où les pierres sur chant sont serrées entre elles, fait exception). Règle : posez chaque pierre sur sa plus grande face, sa longueur dans l'épaisseur du mur. Une pierre posée en long sur le parement (panneresse) doit être tenue par une boutisse au-dessus.
- Le remblai jeté en vrac derrière le mur. Des matériaux déversés sans compactage poussent le parement vers l'avant et retiennent l'eau. Règle : un drainage indépendant du mur, puis un remblai compacté par couches de 20 cm, monté en même temps que le mur.
Calculer les quantités de pierres et de gravier
La formule tient en une ligne : tonnage de pierres = longueur × hauteur × largeur du mur × part pleine × densité de la roche × marge de tri. La part pleine est la fraction du mur occupée par la pierre, une fois les vides retirés.
Exemple : un mur de soutènement de 12 m en calcaire
Prenons un mur de 12 m de long et de 1,5 m de haut, fondation comprise.
- Largeur retenue avec la règle du tiers, appliquée à toute la hauteur pour un prédimensionnement prudent : 1,5 ÷ 3 = 0,50 m. Pour ce mur de soutènement, l'entreprise fixe la largeur définitive avec les abaques des Règles professionnelles.
- Volume du mur : 12 × 1,5 × 0,50 = 9 m³.
- Vides : le guide luxembourgeois indique environ 20 à 30 % de vides dans un mur en pierres sèches. Retenons 25 % : 9 × 0,75 = 6,75 m³ de pierre.
- Poids : retenons 2,6 t/m³, dans la fourchette du calcaire (2,4 à 2,7 t/m³) : 6,75 × 2,6 = 17,55 t.
- Marge de tri : retenons 20 %, une hypothèse pour les pierres qui ne trouveront pas leur place : 17,55 × 1,2 = 21,06 t, soit environ 21 t.
Le cahier du Haut-Languedoc prévient que le volume d'un tas de pierres trompe souvent : mieux vaut commander un peu plus. Ces 21 t dépassent la charge utile d'un 8x4 (environ 17 t). Prévoyez deux livraisons. Une semi-benne (environ 30 t de charge utile) passe en une fois si l'accès au chantier le permet.
Le gravier du drainage et de la fondation
- Drain arrière : retenons 30 cm d'épaisseur, une hypothèse que votre entreprise ajuste au terrain : 12 × 1,5 × 0,30 = 5,4 m³.
- Lit de fondation de 10 cm sous une base de 0,70 m (0,50 m de mur et 10 cm d'empattement de chaque côté) : 12 × 0,70 × 0,10 = 0,84 m³.
- Total : 5,4 + 0,84 = 6,24 m³. Retenons 1,5 t/m³ en vrac, valeur courante pour un gravier (celle de votre produit figure sur sa fiche) : 6,24 × 1,5 = 9,36 t, soit environ 9,4 t.
Ces 9,4 t tiennent dans un seul 6x4 (environ 13 t de charge utile) : 9,4 ÷ 13 = 0,72, soit une rotation. Koncrete livre ce gravier drainant à prix ferme livré, transport compris, sous 24 à 48 h. Le même interlocuteur peut évacuer les déblais du terrassement du talus vers la filière adaptée, avec la traçabilité, dès 8 t.
À retenir
- Triez les pierres par rôle avant de poser et réservez les plus grandes au couronnement.
- Donnez au mur une largeur d'un tiers de sa hauteur et un fruit vers le terrain. Au-delà d'un muret, faites dimensionner le soutènement avec les abaques des Règles professionnelles.
- Montez le drainage et le remblai compacté en même temps que le mur, jamais après.
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Pour aller plus loin
- Mur de soutènement en béton
- Construire un mur en gabion
- Stabiliser un talus
- Prix de l'enrochement à la tonne
Sources
- ABPS pour le Parc naturel régional du Haut-Languedoc, Cahier technique pierres sèches, 2023.
- FFB, UMGO, La pierre sèche fait son entrée dans la modernité, 8 décembre 2016.
- ABPS, présentation de l'association et des Règles professionnelles, avril 2024.
- ABPS et Parc national des Cévennes, Le retour d'expérience de 20 chantiers, 2019.
- Canton de Vaud, DGE-BIODIV, Fiche D9 Murs en pierres sèches, 2021.
- Département du Lot, Techniques de construction à pierres sèches (L. Clavel et C. Bellouard, 2006).
- Portail de l'environnement du Luxembourg, Murs en pierre sèche, quelques règles pratiques.
- Portail de l'environnement du Luxembourg, Entretenir un mur en pierre sèche, juillet 2020.
- CAUE Midi-Pyrénées, Mur en pierre sèche, fiche P2, juin 2012.
- Ministère de la Culture, communiqué sur l'inscription de l'art de la pierre sèche à l'UNESCO, 28 novembre 2018.
























































































