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La DPGF décompose un prix global et forfaitaire : vous êtes payé le total convenu, quelles que soient les quantités. Le BPU fixe des prix unitaires payés sur les quantités réellement exécutées. Le DQE multiplie ces prix par des quantités estimées pour comparer les offres.
Confondre ces trois pièces coûte cher. Au forfait, une surface oubliée dans le quantitatif ne se facture pas en plus au maître d'ouvrage : en 2025, la cour administrative d'appel de Lyon a jugé un dossier de façades où la DPGF ne comptait pas la surface des ouvertures. L'entreprise s'est retournée contre le maître d'œuvre et n'a obtenu qu'une indemnisation réduite, faute d'avoir vérifié le quantitatif. En prix unitaires, une seule ligne laissée vide dans le BPU suffit à rendre l'offre irrégulière, donc écartée.
DPGF, BPU, DQE : à quoi sert chaque pièce ?
Ces trois documents appartiennent à l'offre financière d'un marché de travaux. Ils sont le plus souvent fournis par l'acheteur dans le dossier de consultation des entreprises (DCE), puis complétés par chaque candidat. Ce qui les sépare, c'est la façon dont le prix est formé et payé.
La DPGF : le détail d'un forfait
La DPGF (décomposition du prix global et forfaitaire, parfois appelée DPF) détaille, poste par poste, le prix forfaitaire que vous proposez : installation de chantier, terrassement, couche de forme, réseaux, revêtements. Chaque ligne porte une unité, une quantité et un prix, mais c'est le total qui vous engage. Le guide « Le prix dans les marchés publics » de la direction des affaires juridiques de Bercy rappelle que la DPGF n'a pas, par principe, de valeur contractuelle, car elle comporte des quantités. Il déconseille de la rendre contractuelle en entier : forfaitiser une quantité reviendrait à entériner les prix unitaires et les quantités, donc à remettre le forfait en cause.
Le détail garde pourtant une utilité : l'acheteur l'étudie pour analyser les offres et repérer un prix anormal ou un poste oublié.
Le BPU : un prix pour chaque unité d'ouvrage
Le BPU (bordereau des prix unitaires) liste un prix pour chaque élément d'ouvrage décrit au CCTP (cahier des clauses techniques particulières, la pièce qui décrit les travaux) : le mètre cube de déblais, la tonne de GNT 0/31,5 mise en œuvre, le mètre linéaire de bordure posée. Il ne contient pas de quantités. Ce sont les quantités réellement exécutées, relevées par métré ou par pesée, qui déclenchent le paiement.
C'est la pièce reine des marchés où l'acheteur ne connaît pas les quantités à l'avance : terrassements en sol incertain, entretien de voirie, accords-cadres à bons de commande, où chaque commande est payée aux prix du bordereau.
Le DQE : une commande simulée pour comparer
Le DQE (détail quantitatif estimatif) reprend tout ou partie des lignes du BPU et ajoute une colonne de quantités estimées par l'acheteur ou son maître d'œuvre. La multiplication donne un montant par ligne puis un total. Ce total ne fixe pas ce que vous serez payé : il sert à classer les offres sur une base commune. Le DQE est en principe non contractuel. Le Conseil d'État l'a jugé le 25 mars 2013 : ce document « n'engageait contractuellement pas » le candidat.
Ses quantités ont toutefois un rôle en exécution. Si le marché applique le CCAG Travaux, elles servent de référence pour mesurer les variations de quantités, comme on le verra plus bas.
Avec une DPGF, vous vendez un ouvrage fini et une quantité oubliée reste à votre charge. Avec un BPU, vous vendez des unités et le métré final fait la facture.
Forfait ou prix unitaires : le tableau comparatif
La distinction de fond vient de l'article R2112-6 du Code de la commande publique. Les prix d'un marché sont soit des prix unitaires « appliqués aux quantités réellement livrées ou exécutées », soit des prix forfaitaires appliqués à tout ou partie du marché, « quelles que soient les quantités livrées ou exécutées ». La DPGF habille le second cas, le BPU et le DQE le premier.
Reste la question de la pièce qui l'emporte en cas de contradiction. Le CCAG Travaux 2021 (cahier des clauses administratives générales, approuvé par arrêté du 30 mars 2021) place en tête l'acte d'engagement et ses annexes financières, puis le CCAP. Les éléments de décomposition de l'offre financière arrivent bien plus bas dans la liste de son article 4.1. Le CCAP du marché peut organiser une autre hiérarchie : lisez-le avant de remplir le moindre tableau.
Retenez une règle simple. Avec une DPGF, vous vendez un ouvrage fini et vous portez le risque sur les quantités. Avec un BPU, vous vendez des unités et le maître d'ouvrage paie les quantités réelles, le DQE ne servant qu'à départager les candidats.
Quand les quantités changent : qui paie la différence ?
En prix unitaires : le métré final fait la facture
Avec un BPU, vous êtes payé sur les quantités réellement exécutées, en plus comme en moins. Le CCAG Travaux 2021 ajoute une protection dans son article 16. Si les quantités d'une nature d'ouvrage (l'ensemble des travaux réglés par un même prix unitaire) augmentent de plus d'un tiers ou diminuent de plus d'un quart par rapport au détail estimatif, sans faute de l'entreprise, celle-ci peut être indemnisée du préjudice subi. Ce mécanisme a ses limites : il ne joue pas pour une nature d'ouvrage qui pèse moins de 5 % du montant du marché au détail estimatif comme au décompte final. Il ne s'applique pas non plus aux accords-cadres à bons de commande.
Ce régime ne vaut que si votre marché se réfère au CCAG Travaux. Le CCAG est un document type : sans renvoi exprès dans le CCAP, ses clauses ne s'appliquent pas.
Au forfait : la quantité est à votre risque
Avec une DPGF, le principe inverse s'applique. Le guide de Bercy le résume : l'acheteur ne peut pas réduire le prix si les quantités mises en œuvre diminuent. Le titulaire ne peut pas obtenir de supplément si elles dépassent ses prévisions. Seuls des changements ordonnés par le maître d'œuvre ouvrent droit à un prix nouveau, fixé selon l'article 13 du CCAG Travaux.
Une erreur du maître d'œuvre dans le quantitatif ne vous sauve pas toujours. Dans l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 30 janvier 2025, la DPGF ne comptait pas les ouvertures des façades. La cour a retenu la faute du maître d'œuvre, mais elle a réduit l'indemnisation de l'entreprise : le CCAP lui imposait de vérifier le quantitatif avant de remettre son offre. Elle ne l'avait pas fait.
En marché privé, l'article 1793 du Code civil pose la même logique pour la construction d'un bâtiment à forfait sur plan arrêté : aucune augmentation de prix pour des changements ou augmentations qui n'ont pas été autorisés par écrit, avec un prix convenu avec le propriétaire.
Exemple chiffré : une couche de GNT qui passe de 0,30 à 0,45 m
Prenons une plateforme de 1 000 m² avec une couche de GNT 0/31,5 (grave non traitée, mélange de sable et de gravillons sans liant) de 0,30 m. Retenons 2,1 t/m³ compacté, au milieu de la fourchette courante de 2,0 à 2,2 t/m³ ; la valeur de votre chantier figure dans l'étude ou la fiche du fournisseur.
- Quantité au DQE : 1 000 × 0,30 = 300 m³, soit 300 × 2,1 = 630 t.
- Transport prévu en 8x4 (environ 17 t de charge utile) : 630 ÷ 17 = 37,1, soit 38 rotations.
- Le fond de forme se révèle médiocre et le maître d'œuvre ordonne par ordre de service de porter la couche à 0,45 m : 1 000 × 0,45 = 450 m³, soit 945 t. L'écart est de 315 t, soit +50 %.
- Nouveau besoin de transport : 945 ÷ 17 = 55,6, soit 56 rotations, 18 de plus.
En prix unitaires, vous facturez les 945 t au prix du BPU. Le seuil d'un tiers se situe à 630 × 4/3 = 840 t : la quantité le dépasse de 105 t. Sauf si la ligne de GNT pèse moins de 5 % du marché au détail estimatif comme au décompte final, l'article 16 du CCAG vous permet de demander l'indemnisation du préjudice que vous démontrez sur cet écart. À l'inverse, une baisse sous 630 × 3/4 = 472,5 t ouvrirait le même droit.
Au forfait, le même ordre de service donne lieu à un prix nouveau pour l'épaisseur ajoutée. En revanche, si le CCTP prévoyait déjà 0,45 m et que votre DPGF n'en comptait que 0,30 m, les 315 t manquantes restent à votre charge.
Dans quels cas l'acheteur choisit chaque document
- Forfait et DPGF : le guide de Bercy le recommande quand l'acheteur peut définir avec précision la consistance des prestations. C'est le cas typique d'un bâtiment neuf aux plans arrêtés. Le guide le déconseille quand un aléa peut conduire à des quantités très différentes de celles prévues.
- Prix unitaires, BPU et DQE : ils conviennent quand les quantités ne sont pas connues à l'avance, comme un terrassement en terrain hétérogène, des réseaux en voirie existante ou un entretien sur plusieurs années.
- Marché mixte : le même guide admet de combiner les deux formes de prix dans un marché. Son exemple : des fondations payées sur prix unitaires et une superstructure au forfait. Le marché doit alors indiquer clairement quelles prestations relèvent de chaque forme.
Guide de décision en 3 questions
- Le DCE contient-il une DPGF, un BPU ou les deux ? Une DPGF seule annonce un forfait : votre risque porte sur les quantités. Un BPU accompagné d'un DQE annonce des prix unitaires : votre risque porte sur le niveau de chaque prix.
- Qui porte la responsabilité des quantités ? Lisez le règlement de la consultation et le CCAP. S'ils vous imposent de vérifier le quantitatif d'un forfait, refaites le métré sur plans avant la remise de l'offre et signalez les écarts par écrit à l'acheteur pendant la consultation.
- Le CCAG Travaux s'applique-t-il ? Cherchez le renvoi dans le CCAP. Sans lui, ni la règle du tiers et du quart ni la procédure de prix nouveaux du CCAG ne vous protègent : seules les clauses du marché comptent.
Les 3 erreurs qui font perdre un marché ou de l'argent
- Modifier le cadre ou les quantités imposées. La cour administrative d'appel de Lyon a jugé irrégulière, le 16 janvier 2025, une offre qui avait changé des quantités de la DPGF et omis une ligne obligatoire. La cour de Bordeaux avait jugé de même le 5 mai 2021 pour des tableaux de DPGF manquants. Règle à appliquer : remplissez le cadre tel quel et posez vos questions avant la date limite.
- Laisser une ligne du BPU vide. Le Conseil d'État a jugé le 25 mars 2013 que l'acheteur ne peut pas compléter lui-même une offre incomplète, même en allant chercher le prix manquant dans le DQE. Règle à appliquer : renseignez chaque ligne du bordereau, sans exception.
- Laisser une incohérence entre le BPU et le DQE. Une formule de tableur cassée ou une quantité recopiée de travers crée un écart entre vos prix unitaires et votre total. Quand le règlement de la consultation prévoit que le BPU prévaut, l'acheteur peut corriger une erreur purement matérielle du DQE : le tribunal administratif d'Orléans l'a admis le 27 août 2024. Sans cette clause, l'issue est incertaine et votre classement peut changer. Règle à appliquer : recalculez chaque ligne du DQE à partir du BPU avant le dépôt.
Conseil de l'expert
Avant de remettre un DQE, triez ses lignes par montant décroissant. Les premières (terrassements, graves, enrobés, évacuations) pèsent souvent l'essentiel du total : c'est là que se joue le classement. Contrôlez que vos prix de matériaux y sont exprimés dans l'unité du bordereau (tonne ou m³ en place) et qu'ils comprennent le transport jusqu'au chantier. Un prix départ carrière recopié tel quel sous-estime la ligne et vous engage pour toute la durée du marché.
Pour les lignes de matériaux, la distance entre la carrière et le chantier pèse lourd dans le prix rendu : notre analyse du prix du transport de granulats détaille ce poste.
À retenir
- Identifiez la forme du prix dès l'ouverture du DCE : DPGF pour un forfait, BPU et DQE pour des prix unitaires.
- Au forfait, refaites le métré avant de signer : une quantité oubliée reste en principe à votre charge.
- En prix unitaires, soignez chaque ligne du BPU et recalculez le DQE : c'est sur lui que vous êtes classé.
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Pour aller plus loin
- Prix de la grave 0/31.5 et de la GNT
- Densité des matériaux du BTP
- Prix du transport de granulats
- Indexation gazole
Sources
- Code de la commande publique, article R2112-6 (décret n° 2018-1075 du 3 décembre 2018), texte lu sur code-commande-publique.com.
- Direction des affaires juridiques et OECP, guide « Le prix dans les marchés publics », version 2023, chapitre 2 « Les formes du prix » : economie.gouv.fr.
- CCAG Travaux approuvé par arrêté du 30 mars 2021, modifié par arrêté du 29 décembre 2022 : articles 4, 13 et 16, lus sur marche-public.fr et code-commande-publique.com.
- FNTP, note Marchés n° 4 sur le guide des prix de la DAJ : fntp.fr.
- Définitions et jurisprudence DPGF, BPU et DQE : DPGF, BPU et DQE sur marche-public.fr.
- CAA Lyon, 30 janvier 2025, n° 23LY03969 : résumé et extraits.
- CAA Lyon, 16 janvier 2025, n° 23LY03563 : marche-public.fr.
- CAA Bordeaux, 5 mai 2021, n° 19BX00259 : cité sur la page DPGF de marche-public.fr.
- CE, 25 mars 2013, Département de l'Hérault, n° 364824 : Banque des Territoires.
- TA Orléans, 27 août 2024, n° 2403196 : marche-public.fr.
- CE, 16 novembre 2016, n° 401660 : conseil-etat.fr.
- CE, 30 mars 2016, Centre hospitalier de Perpignan, n° 375529 : commentaire Seban Avocats.
- Code civil, article 1793 : fiche WebLex et Kohen Avocats.
























































































